Jeudi 30 avril s’est tenu au tribunal judiciaire de Saint-Pierre un procès pour violences conjugales. Une affaire qui interroge autant sur les violences physiques que sur les mécanismes d’emprise et de contrôle coercitif qui peuvent s’installer dans certaines relations.
Le jeudi 30 avril 2026 au tribunal de Saint-Pierre, un homme assez stressé agitant ses mains dans tous les sens derrière son dos se présente à la barre pour répondre d’accusations pour des faits de violences sur sa compagne dans la nuit du 11 mai 2025.
Avant de commencer l’audience, Madame la juge appelle la victime, Madame D., à venir dire à la barre qu’elle ne se constitue pas partie civile, et qu’elle ne souhaitait pas porter plainte car elle n’était pas contre lui. Après être venue, la juge lui demande de sortir car elle était avec son enfant, « votre enfant n’a rien à faire ici », dit madame la juge.
Lors du rappel des faits, on apprend que les forces de l’ordre sont intervenues trois fois lors des trois derniers jours au domicile du présumé coupable, M. D., dans une ville du sud de l’île. Un voisin présent a d’abord alerté la police après avoir entendu des cris.
Le présumé coupable explique qu’une altercation a débordé entre lui et son cousin M. Coco* qui l’aurait menacé avec une arme à feu le jour-même. Ce dernier, apparemment déjà très connu des habitants dans une autre ville du sud, serait aujourd’hui interné en hôpital psychiatrique pour violences avec arme.
Mais pourquoi évoquer son cousin dans une affaire de violences conjugales ?
Selon les éléments évoqués à l’audience, M. D. aurait frappé sa compagne en lui mettant un coup dans la lèvre et en lui mettant « ses mains au cou » dans la nuit vers 2 h 46. Selon lui, le jour-même où son cousin l’avait menacé, Madame D ne voulait pas qu’il aille voir son cousin. Il l’aurait alors réveillée en la maintenant par le cou tout en criant : « Le diable est en moi ».
M. D., étant déjà alcoolisé ce soir-là, explique s’être réveillé dans la nuit et ne pas s’être rendu compte que c’était sa compagne à côté de lui. Il l’aurait alors pris pour son cousin. Alors que Madame D tente de s’enfuir par peur, Monsieur D prend un couteau et crie : « Mi pik zot toute » avant d’hurler qu’il allait tous les tuer.
Malgré son récit et ses tentatives d’explication, quelques incohérences apparaissent lorsqu’il reconnaît finalement avoir vu et compris que c’était elle au moment où il l’a vue courir. Finalement M. D. semble avoir des trous de mémoire : « mi rappel pu toute sat ma fait » .
Le fils âgé de 15 ans, présent lors des faits, explique ne pas avoir vu directement la scène mais confirme avoir vu M. D. dans un état de grande colère. Le lendemain de la soirée du 11 mai 2025, l’accusé se présente de lui-même à la gendarmerie après avoir été chez sa mère la veille. Sa mère raconte qu’il serait arrivé chez elle en pleurs, en regrettant tout ce qu’il avait fait et en disant qu’il s’était énervé sur sa compagne.
L’audience révèle également que l’homme détenait plusieurs condamnations antérieures, dont violence avec arme, violence en réunion et violence sur conjoint en 2022. Lorsque M. D dit « ma fé in lérèr », la juge lui rappelle que « quatre fois, Monsieur D, ce n’est pas une erreur ». Elle lui fait comprendre que c’est un acte volontaire.
Selon un expert psychiatrique qui a examiné l’accusé, celui-ci présenterait une « altération du discernement », ce qui signifie que la responsabilité pénale reste maintenue mais que la sanction encourue peut être réduite. Le procureur demande à madame la juge de requalifier alors les faits en menaces de mort et violences volontaires et demande à le déclarer coupable au vu de ses récidives.
Le verdict tombe
Finalement, l’accusé est déclaré coupable et condamné à un an d’emprisonnement ainsi qu’à deux ans de sursis probatoire. Mais au-delà de la condamnation, l’audience met surtout en lumière les mécanismes complexes du contrôle coercitif dans les violences conjugales.
Madame D n’a pas souhaité témoigner contre lui, ce qui montre encore un sentiment de contrôle et d’emprise. Elle explique également ne pas savoir si les menaces qu’elle a reçues étaient réellement sérieuses et refuse de porter plainte ou de se constituer partie civile.
Le contrôle coercitif apparaît ici de manière plus subtile puisque la violence ne repose pas uniquement sur les coups mais aussi sur la peur, les menaces, l’humiliation et l’instabilité. Ici, Madame D est réveillée en pleine nuit, frappée avec une lèvre gonflée au réveil puis confrontée à des menaces devant le voisinage. Pourtant, elle continue de minimiser les faits et de protéger son compagnon.
Avant les violences conjugales, il y a souvent quelque chose de plus discret, presque invisible au début, que l’on nomme donc le contrôle coercitif, une forme d’emprise qui s’installe petit à petit et qui peut expliquer pourquoi certaines victimes ne portent pas plainte, même après avoir subi des violences et malgré des condamnations déjà existantes, parce que la peur, les menaces et l’isolement finissent souvent par prendre le dessus.
Anne-Sophie Clain
*prénom modifié
SI vous êtes victimes ou témoins de violences conjugales : appelez le 39 19.

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