KOZÉ LIBRE
Dar mwin ma dar li • Arnold Jaccoud Une réflexion complètement subjective
Trop souvent les valeurs fondamentales des individus et des sociétés sont irrémédiablement détériorées par des modèles de changement socialtechnocratiques, fondés sur la consommation, la compétition, l’acquisition forcenée des biens et sur la manipulation des aspirations humaines. »
Thierry VERHELST – Des racines pour vivre
… Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
Paul Éluard, Poésie et Vérité, 1942.
Chaque partie du monde dispose progressivement d’un potentiel de données quasi identiques, générées par les perfectionnements technologiques permanents : similitude des modes de production et des savoir-faire, donc analogie croissante des modes de consommation, d’habitat, de transport et de déplacement, généralisation de l’accès quasi immédiat à l’information, à la formation et au savoir, banalisation des voyages longue distance et des échanges partout sur l’ensemble du globe
Les centres de production de valeur et de culture se sont largement disséminés et ne peuvent plus être localisés dans les zones historiques ou traditionnelles de la planète.
Chaque région du monde devient, au moins virtuellement, capable d’établir les conditions de sa prospérité économique, technologique, sociale et culturelle. Donc de disposer d’une maîtrise potentielle relative de son propre développement.
Les déterminismes qui ont longtemps contraint les relations entre des centres politico-économiques florissants et dominants avec leurs périphéries vassales et dépendantes s’estompent graduellement.
Parmi les exceptions : l’île de La Réunion.
En ce qui concerne la société réunionnaise, la matrice de son existence demeure de l’autre côté du monde, « lot koté la mer », là où se trouve la puissance hégémonique, là où sont arrêtées les décisions majeures, là où sont générées les normes décisives et concrètes qui organisent la société dans pratiquement tous les domaines : politique, législatif, administratif, économique, social, technologique, culturel…, militaire également.
Après la départementalisation, l’Histoire qui avait maintenu l’attribution de ces prérogatives à l’ancienne puissance coloniale, avec quelques modifications qui ne se sont révélées que d’apparence, en a ajouté plusieurs couches, européennes et mondialistes.
De fait, il semble
• que la décolonisation n’a pas été achevée dans la réalité, sinon dans les textes législatifs.
• Et que dans les domaines mentionnés, le pouvoir d’agir réunionnais n’a nullement augmenté, pour ne pas dire qu’il s’est tout simplement restreint.
Il convient d’observer que se réclamer de la France, c’est accepter les contraintes et les avantages mélangés qu’elle impose aux peuples qui continuent à se reconnaître en elle. C’est accepter les conditions institutionnelles que pose cette appartenance.
L’inconscient collectif acquiesce à cette suprématie historique qui ne peut être reniée et qui perdure bien au-delà du strict formalisme constitutionnel et législatif.
L’appartenance à La France est un choix qui produit à tour de rôle ses intérêts et ses inconvénients, dans l’application des politiques sociales de solidarité, comme dans.la compétition économique, sociale et statutaire.
Il apparaît que l’ensemble des débats relatifs à toute quête identitaire, qui se succèdent depuis des décennies ici à La Réunion, constitue des péripéties qui concrétisent les conséquences et les symptômes de cette appartenance.
Ces péripéties dissimulent plus ou moins adroitement l’évidence de la sauvegarde du système que l’on s’est toujours refusé jusqu’alors d’abolir.
L’avatar polémique actuel, intitulé « privilège zorey », en illustre la flagrance. Tout en débattant de certains de ses effets néfastes, La Réunion continue à choyer farouchement les séquelles d’une configuration géopolitique héritée du 19ème siècle. La Réunion veut rester française… paradoxalement dans une pléiade rarement interrompue de protestations victimaires…
Cette configuration, pour l’heure intouchable, oscillant sans cesse entre bénéfices et préjudices, produit en permanence les inégalités dont on peut affirmer qu’elles sont inévitables, voire parfaitement normales.
Il apparaît que rien ne pourra véritablement changer, sans une souveraineté
• qui définit l’autonomie d’un État à se gouverner lui-même
• et qui affirme son indépendance vis-à-vis de toute autorité extérieure,
• de même que ses droits à déterminer l’ensemble de ses modes de décision et d’organisation dans tous les domaines esquissés plus haut.
Mais à l’évidence, toute modification de son statut ne peut être engagée, éventuellement un jour, que par le peuple réunionnais lui-même.
De ce point de vue, le débat sur le privilège zorey risque bien de demeurer en deçà de sa véritable finalité.
Arnold Jaccoud
2 juillet 2026
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