Nous sommes à Fayard, en ce début de mois de juillet. Le soleil transperce tant bien que mal les nuages de ce mercredi 8. Moina Madi, fondatrice de l’association Mawa Rose, nous a donné rendez-vous dans le parc, au cœur de ce qu’on nomme aujourd’hui la cité Fayard de Saint-André. Elle nous raconte l’histoire de l’association de femmes mahoraises qu’elle a fondé.
« Cette association a pour but de faire vivre Fayard », explique Moina Madi, fondatrice de la structure. Elle a vu le jour en 2024. Pourquoi Mawa Rose ? Mawa veut dire « rose » en shimaoré, tout simplement. L’association accueille aujourd’hui des femmes uniquement, mais n’est pas fermée. « Si des hommes veulent nous rejoindre, pas de souci », explique la fondatrice en souriant.
Pour l’instant, environ soixante-dix femmes ont rejoint le mouvement et se retrouvent régulièrement autour de rendez-vous culturels ou sportifs, à Saint-André comme ailleurs. « L’association est née déjà pour encadrer les jeunes, aussi pour que nous, mamans, on puisse se retrouver, partager des moments. Pour dynamiser notre quartier, et montrer aux autres communautés ce que l’on est capables de faire, dans notre quartier mais aussi dans l’île en général », explique Nadia Houmadi, présidente de l’association.
« Quand on rencontre des jeunes comme ça, on essaie de faire le lien, de rencontrer les parents, parce que souvent les mères se connaissent.»
Une association basée sur la solidarité et l’entraide
« En fait, on s’entraide. On est là les unes pour les autres, dans les moments importants. On fait les mariages, les décès, etc. » L’aide survient dans l’organisation d’activités comme des randonnées, mais aussi dans les animations. Ce jour-là, par exemple, une quinzaine de femmes de l’association se sont rassemblées pour une représentation de M’Biwi, mêlant la danse et le chant dans un art traditionnel mahorais.
La veille de l’interview, nous avions donné rendez-vous à Joé Bédier, maire de Saint-André, pour discuter des grands enjeux de la ville. Parmi les problématiques urgentes, selon lui, il y avait les mineurs isolés de Fayard, qui pouvaient être impliqués dans les soucis de violence et de délinquance du quartier. Alors, nous avons demandé à la fondatrice de l’association son avis. « Quand on rencontre des jeunes comme ça, on essaie de faire le lien, de rencontrer les parents, parce que souvent les mères se connaissent. Certains jeunes sont envoyés seuls, de Mayotte, et une fois arrivés ici, ça se passe mal avec leur famille. Quand il n’y a pas de solution, ça nous arrive de cotiser pour permettre au jeune de rentrer à Mayotte, lorsque c’est sa volonté. »
« On ne veut plus de cette image de Fayard »
La discrimination des personnes mahoraises est encore un sujet. À Fayard, Moina Madi nous fait part de ce sentiment encore présent. « Nous et notre communauté, on n’est pas les bienvenu·e·s. Avant, on avait du mal, mais maintenant, on s’est habitués. Tout de suite, l’image est négative, toujours. Un jeune a fait n’importe quoi, c’est forcément à Fayard. Mais maintenant, on le vit bien. »
Le traitement médiatique du quartier ? Le nom même de Fayard qui crée de la peur ? Moina Madi se questionne toujours… mais la réponse qu’elle donne aux problématiques de violence, c’est la médiation, la création d’un lien de confiance pour pouvoir parler, arranger les choses, trouver des solutions. « On est tellement nombreuses que je saurai forcément qui est la maman ou la tatie du jeune. » Nadia Houmadi rajoute : « On ne veut plus de cette image de Fayard comme un quartier uniquement violent. Nous, on est là pour aider aussi. Il faut venir pour voir ce que nous, on fait, ce qu’on peut faire et ce que nous ferons. On veut mettre notre culture mahoraise en lèr. »
Évidemment, l’association de femmes mahoraises s’est basée principalement sur les relations d’une communauté de personnes mahoraises, mais l’idée n’est pas de se fermer aux autres cultures, aux autres religions, comme en témoigne l’organisation de plusieurs danses et concerts lors de la dernière Fête de la musique. Aux côtés du M’Biwi, on pouvait retrouver du maloya. Une image qui résume bien la démarche et les ambitions de Mawa Rose.
Sarah Cortier




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