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1700 enfants, chez nous, dormiraient dans la rue : journal de Paul Hoarau

N°296 – LUNDI 28 SEPTEMBRE 2026

Peut-on ignorer le verre à moitié vide ?

La télévision nous annonçait, récemment, que 1700 enfants, chez nous, dormiraient dans la rue. On me dit qu’il faudrait regarder un peu plus le verre à moitié plein de notre île, ne pas me focaliser sur le verre à moitié vide. C’est vrai. On ne dit pas assez ce qu’ici, on fait de formidable. Cela pourrait entraîner un
mouvement d’ensemble positif.

Cela dit, on ne peut pas ignorer le verre à moitié vide. On l’ignore, souvent, parce que de la façon que, dans un récipient, un liquide léger recouvre et dissimule l’existence d’un liquide plus lourd, le positif du verre à moitié plein recouvre et les cache, les misères du verre à moitié vide. L’étalage des signes de la prospérité qui crève les yeux ici, recouvre et cache l’étendue d’une misère réelle : le taux de chômage, l’étendue du seuil de pauvreté, le manque de logements, l’importance de l’assistance sous ses différentes formes, etc. Tout cela ne doit pas rester caché. 1700 enfants, ici, à La Réunion, dorment dans la rue ! Peut-on passer cela sous silence ? La vie de misère a des conséquences matérielles, mais aussi des conséquences psychologiques qui désarment ceux qui en sont victimes, un désarmement individuel largement répandu, qui devient collectif, sans que l’on s’en rende compte.

La solution de fond ne passe pas par l’assistance

La vie de misère du verre à moitié vide est le résultat de la règle « fondamentale » dominante du « profit d’abord ». En toute logique, cette règle est la règle du « laisser faire » à celui qui a les moyens de tout faire (que certains assimilent à la « liberté »). C’est la règle qui consiste à payer moins cher le pauvre pour vendre plus cher au riche. Cette règle entraîne la concentration de l’action économique au niveau de la planète, entre les mains du plus petit nombre. Moins il y a d’acteurs à ce jeu, plus les « profits »
sont élevés.

La règle avance comme un rouleau compresseur et ses conséquences élargissent le champ de la pauvreté. Des pays, des continents traditionnellement riches sont menacés, des continents « tiermondistes » ne s’en sortent pas. Politiquement, à l’ouest, comme à l’est, de manières différentes, la ploutocratie du « profit d’abord » est aux commandes.

Pour se donner bonne conscience, les régimes ont développé la politique de l’assistance. Celle-ci n’est plus ce que l’on appelle « la politique sociale », pour les exclus du moment, en attendant leur insertion. L’assistance est devenue un revenu ordinaire financé par l’impôt. Dans le carquois de mes souvenirs de jeunesse, j’ai présente à l’esprit la déclaration d’un président du patronat français de ce temps-là, qui proposait à l’État d’assurer un minimum vital décent aux exclus du système, à la condition que, dans le même temps, le monde « du profit d’abord » puisse, en toute liberté, s’enrichir. Les patrons étaient prêts, disait-il, à en payer le prix… Il n’est pas question de supprimer « la politique sociale », ni même une certaine assistance, mais il n’est pas davantage question de supprimer « le droit au travail des peuples » au bénéfice du « droit au profit d’abord ».

La solution passe par le travail de chacun

En effet, dans une société donnée, le travail est un droit cardinal pour les personnes. Le travail, normalement, n’est pas une activité pour toucher un salaire ou une aide. Le travail est, d’abord, la participation personnelle de chacun à la prospérité de l’ensemble : à la prospérité du peuple, de la nation, de la communauté internationale. Le technicien de surface y participe comme l’ingénieur en chef. Personne ne devrait pouvoir décider que, sous le prétexte que le pays A peut se nourrir et nourrir le pays B au moindre coût, on supprime le droit de produire au pays B. En supprimant le droit à la production au pays B, c’est-à-dire le travail qu’elle suppose, cette politique crée, mécaniquement, du chômage dans la partie du monde sacrifiée.

Ce n’est pas parce que le prix de l’oignon réunionnais est trop élevé que La Réunion doit être privée de son droit de produire les 9000 tonnes d’oignons qu’elle consomme. Pour fournir l’eau à laquelle ont droit les habitants des hauts de Saint-Paul, on fait appel à des pompes qui font remonter l’eau à partir des bas, dans le sens contraire au sens de la gravité. Pour permettre aux Réunionnais d’exercer leur droit de produire et de vendre les 9000 tonnes d’oignons qu’ils consomment, de les rendre compétitifs, il leur faut travailler pour trouver des « solutions techniques » avec cet objectif : aménagement du territoire, formation des hommes, productivité, promotion, péréquations, aides, protection, etc., des « solutions techniques » différentes du laisser-faire des « mondialistes » du « profit d’abord » (de la liberté du renard dans le poulailler).

Le travail doit être une revendication collective

Cela étant dit, le Peuple Réunionnais – tous les Réunionnais confondus – est-il prêt à se mobiliser pour que le prix de l’oignon, de la tomate, du produit transformé réunionnais soit compétitif par l’application « de solutions techniques » appropriées (de défendre le droit au travail des Réunionnais), ou se contente-t-il de « profiter » du prix que lui propose le négociant mondialiste ? C’est la question préalable ; elle est fondamentale.

On dit alors partout ; que font les politiques ? Les politiques n’y peuvent guère parce qu’en face du pouvoir de l’argent du « profit d’abord » il leur manque le pouvoir du peuple qui dit officiellement quelle est sa volonté, qui la montre pacifiquement, légalement, en nombre, publiquement. Les politiques sont « les représentants » du peuple : si le peuple s’accommode de son pouvoir d’achat au prix de son renoncement à produire ce dont il a besoin, les politiques seront désarmés. Ils ne seront pas plus royalistes que le roi !

1700 enfants dorment dans la rue

1700 enfants dorment dans la rue ! Dans l’urgence, dans l’immédiat, il faudra ouvrir des crèches, des centres d’accueil, des aides. Mais la solution fondamentale, c’est l’existence de familles disposant de revenus suffisants pour héberger, éduquer, entourer leurs enfants ; l’existence d’hommes et de femmes qui participent, par leur travail, à la prospérité du pays qui, en retour de leur participation, leur sert un salaire proportionné à leur responsabilité, mais décent pour tout le monde ; l’existence d’hommes et de femmes qui partagent, en amont de cette participation, la même volonté de retirer du travail de la terre et des potentialités du pays, ce dont ils ont besoin. Cette volonté collective ne peut être que celle d’un peuple conscient de son identité et de ses responsabilités.

La Réunion a les moyens de former des hommes et des femmes à réaliser cette prise de conscience, cette ambition : à travailler la terre et les potentialités réunionnaises pour produire, à bénéficier de la solidarité nationale ciblée pour La Réunion mais aménagée non pas par des décideurs parisiens au
niveau des intérêts de la nation (qui sont traités au niveau national), mais par des décideurs locaux au niveau des intérêts locaux.

La Réunion a les moyens de nourrir des familles dans des conditions matérielles et morales décentes, pour qu’il n’y ait plus d’enfants qui dorment dans la rue, de foyers sans logement et sans ressources à la moitié du mois, qu’il n’y ait plus de chômage endémique. La Réunion peut tout cela. Les Réunionnais le veulent-ils ? Il est temps, avant que triomphent les vendeurs d’illusions, que les Réunionnais répondent OUI à cette question. De nos quartiers, de nos villes et de nos campagnes ; de nos institutions, religieuses, universitaires, administratives ; de nos organisations culturelles, politiques, syndicales, associatives, des Réunionnais et des Réunionnaises de toutes origines, devrait surgir l’expression de cette volonté de produire, de cette volonté du OUI, de cette volonté de retrousser les manches en conséquence. La Réunion peut tout cela.

Il faut que les bourgeons du OUI qui poussent de partout forment une forêt, que toutes les expressions s’unissent pour dire, d’une seule voix, institutionnellement, kisa noulé, nouléla, sénou kifé, kosa nouvé : pour le dire par un référendum local qui est une forme d’expression politique institutionnelle du pouvoir Peuple.

Paul Hoarau

Chaque contribution publiée sur le média nous semble répondre aux critères élémentaires de respect des personnes et des communautés. Elle reflète l’opinion de son ou ses signataires, pas forcément celle du comité de lecture de Parallèle Sud.

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Paul Hoarau refondation

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