Retour sur le dossier zamal tout koulèr avec cette fois-ci, une recherche à propos des types de molécules qu’on peut trouver ici à La Réunion en CBD shop. A tâtons dans ce monde du chat et de la souris où les laboratoires ont quelques mois où années d’avance sur les lois et ou les molécules en remplacent d’autres, Parallèle Sud s’est intéressé dans ses recherches locales au NL 1 et autres molécules de synthèse, qui font débat parmi les commerçants de France.
En France hexagonale comme à La Réunion, des CBD shops ont poussé ces dernières années pour nous proposer tous types de produits légaux destinés à la relaxation ou au bien-être. Initialement pour y retrouver – comme leur nom l’indique – du CBD, d’autres produits ont peu à peu trouvé leur place sur les étagères des magasins avec en apparence aucune différence. En réalité, la composition chimique de ces « nouveaux » arrivants n’est pas tout à fait la même que celle des fleurs dites de « CBD ».
À La Réunion
Pour rappel, CBD signifie cannabidiol, une molécule naturellement présente dans le chanvre qui, contrairement au THC, ne fait pas « planer » et n’est pas classée comme stupéfiant en France. La vente de fleurs est autorisée depuis 2022. Avant cette date, la molécule évoluait dans un flou juridique, associée au cannabis, qui en contient aux côtés du THC et de nombreuses autres molécules. D’autant qu’à l’œil nu, rien ne distingue une fleur de CBD d’une tête de zamal.
Alors, Parallèle Sud est allé à la recherche des nouveautés du moment. Sur la carte des shops, certains mettent en avant leurs fleurs de CBD. C’est le cas d’un commerce dans une zone rurale du nord de l’île qui a fait le choix de ne rien afficher d’autre. Lors de l’accueil dans sa boutique, le vendeur nous expose tous types de produits dont il dispose pour aiguiller notre choix. Crèmes, sticks à lèvres, patchs, infusions, gélules : le catalogue est long. Ces articles consommables sont tous à base de CBD, mais nous demandons quelque chose qui se consume. Dans cette catégorie, le magasin propose alors du THCX, du CBE et du CBD, mais le vendeur nous met en avant un CBD local ou naturel.

Les dangers des molécules de synthèse
Au fil de la discussion, il nous informe que « même si tu vois 99 % de CBD, ça ne défoncera jamais, ça va simplement détendre », mais que sur d’autres produits, on peut trouver une sensation de « défonce », notamment sur le CBE, qu’il qualifie de semi-synthétique et de « plus proche du THC ». Alors, les explications ne se font pas attendre : « Il y a les CBD auxquels on va rajouter des néo-cannabinoïdes, qui sont des cannabinoïdes de synthèse ou semi-synthétiques. Il faut quand même faire très attention et faire la part des choses sur ce qu’on propose. Dans le totalement synthétique, il peut y avoir des choses extrêmement dangereuses, voire mortelles. Il y a aussi des choses très correctes qui sont juste en fin de compte la synthétisation de cannabinoïdes déjà existants, qui sont extraits, concentrés et ajoutés à de la fleur de CBD. Il y a quand même un travail chimique derrière, mais certaines molécules sont connues depuis longtemps, donc on a eu le temps de les étudier. » Il insiste en revanche sur le fait qu’il ne propose que ces deux néo-cannabinoïdes (THCX et CBE), et seulement aux clients qui demandent un effet, tout en informant ces derniers des effets qu’ils contiennent.
Dans un autre magasin de l’île, lorsque le vendeur détaille à notre demande la liste des molécules qu’il commercialise, il commence alors par du THCX, que la boutique déjà citée commercialise aussi. Proposé depuis près de deux ans dans les vitrines, le produit n’est pas interdit, donc c’est, selon lui, un indice de fiabilité. L’effet dure entre 20 et 45 min selon les consommateurs, « sans le côté bad et flemme sur le coup et après », dit-il. Puis, il continue : du CBG, du CBN, du NL-1, du CBX, du CBE ou encore du « Nano Delta 9 », présenté comme sa fleur la plus forte.

NL-1
Le NL-1 ? « Un type de HHC », dit-il. Or le HHC est classé stupéfiant depuis 2023. Ce qu’est vraiment le NL-1, même ceux qui le vendent ne s’accordent pas à le dire. Son nom signifierait « Neo-cannabinoïde 1 » selon BioCBD France, « Next Level 1 » d’après Botanilabs ou « Norbert Louis I » pour CBD88. Un autre site le commercialise même sous le nom de « THCF ». Tous le présentent comme une molécule fabriquée en laboratoire, souvent à partir de cannabinoïdes du chanvre comme le CBD, mais aucun ne publie sa formule chimique : l’un d’eux admet même qu’elle est « encore inconnue ».
Ses effets supposés varient eux aussi : relaxation profonde, voire légère euphorie pour certains ; stimulation de l’esprit et du corps pour d’autres. Même désaccord sur son statut légal : « 100 % légal » pour un vendeur, juridiquement « non clarifié » et « variable selon les lots » pour un autre. Cette molécule est surtout arrivée fin 2024-début 2025 suite à la classification de certaines de ses consœurs comme stupéfiants à l’image du HHC et du H4CBD.
Cette dernière boutique ne cache pas les effets de ses produits : consommés comme une fleur de CBD ou de THC, « on peut vite avoir une ivresse ». Elle déclare aussi qu’il « n’y a pas un cannabinoïde synthétique qui est fondamentalement plus healthy ou plus clean qu’un autre ». Pour faire son choix, elle dit s’appuyer sur sa propre expérience : « On est consommateurs avant tout, donc on a fait le choix de prendre ce qui ressemble le plus au cannabis ». Quant aux contrôles des produits qu’elle achète, elle affirme être soumise aux mêmes que les stations-service, mais se dit « plus vigilante » sur leur choix et leur qualité.
Loin du CBD bio de Guillaume et Guillaume à l’Entre-Deux, nous interrogerons le chercheur Sébastien Bénard prochainement pour essayer de déchiffrer ces zones d’ombre et faire un bilan de l’offre à La Réunion.
Etienne Satre


⚠︎ Cet espace d'échange mis à disposition de nos lectrices et lecteurs ne reflète pas l'avis du média mais ceux des commentateurs. Les commentaires doivent être respectueux des individus et de la loi. Tout commentaire ne respectant pas ceux-ci ne sera pas publié. Consultez nos conditions générales d'utilisation. Vous souhaitez signaler un commentaire abusif, cliquez ici.