KWAFÉ ZORDI
Dans son dernier rapport, la Chambre régionale des comptes épingle la gestion du patrimoine du Conseil départemental. Deux œuvres de Victor Hugo et d’Auguste Rodin, parmi plus de 700 pièces de musée disparues, font figure de symboles mais les manquements de la collectivité concernent également l’aménagement des accès pour personnes porteuses de handicap, la dégradation du patrimoine et sa valorisation financière.
Mais qu’est-ce que des monuments du patrimoine national viennent faire dans le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes sur le Département de La Réunion ? Eh oui, au détour de la centaine de pages que consacrent les juges à la gestion du patrimoine départemental, on découvre que deux dessins, l’un attribué à Victor Hugo et l’autre à Auguste Rodin, ont disparu des collections du musée Léon-Dierx.
Ce n’est pas aussi grave que le cambriolage des joyaux de la couronne au Louvre l’an dernier, mais quand même. Ça dit à quel point le patrimoine culturel peut être laissé en déshérence. Ce que dit le rapport de la CRC, c’est que lors du récolement de 2016, les agents du Département ont identifié 813 objets et œuvres manquants soit environ 20 % de la collection. Les recherches menées en interne depuis dix ans ont permis de retrouver 35 pièces : 778 restent manquantes, selon la CRC. Ce que conteste le Département qui évoque 107 pièces retrouvées, ramenant le nombre de « disparus » à 706.
Dans sa réponse, le Département se défend en évoquant que ces disparitions sont anciennes : « Contrairement à ce qu’indique le rapport de la Chambre, qui les met particulièrement en avant, les dessins de Rodin et de Victor Hugo sont perdus depuis longtemps et en toute hypothèse avant même la départementalisation. 320 objets ou œuvres étaient déjà répertoriés comme manquants en 1912, soit dans l’année même de la création du musée. », indique la collectivité.
Une plainte tardive et incomplète ?
La CRC relève, quant à elle, que 272 disparitions sont datées entre 2008 et 2016. Il s’agit principalement d’estampes, d’imprimés et de livres. Aucune estimation financière n’est avancée. Où sont passées ces pièces de musée ? Volées, perdues ou détruites. Le rapport nous apprend que le Palais de la Source a déposé plainte en 2021. La chambre constate à la fois le caractère tardif de la plainte et le manque d’éléments à l’appui de cette plainte. Elle évoque explicitement un risque de faute grave de gestion concernant les œuvres disparues du musée Léon-Dierx : « La disparition d’œuvres, l’incomplétude d’opérations post-récolement, l’absence d’opération de signalement des disparitions sont susceptibles d’exposer les gestionnaires publics au risque de faute grave de gestion. »
Victor Hugo et Auguste Rodin ne sont cependant que des symboles des manquements dans la conservation et la valorisation du patrimoine départemental qui représente 424 sites (collèges, locaux administratifs, casernes, etc.) et 40 % de la surface de l’île du fait des 100 000 hectares de patrimoine foncier, notamment les forêts classées au patrimoine mondial de l’Unesco.
La CRC relève les nombreux bâtiments laissés à l’abandon. Elle cite « plusieurs projets emblématiques, comme l’hôtel des thermes de Cilaos, le quadrilatère Rontaunay ou l’ancienne villa du préfet à Salazie qui connaissent des retards et des difficultés de mise en œuvre qui ont entraîné une dégradation des immeubles ». Or le Département dépense chaque année 4,8 M € pour louer des bureaux et payer des charges de copropriété.
Accessibilité et handicap
« Malgré l’importance de ce patrimoine, la mise en place d’une stratégie permettant une rationalisation des coûts de la gestion immobilière des immeubles de bureau n’a été initiée qu’en novembre 2023 et validée par l’assemblée délibérante en juin 2025 », déplore le rapport.
La CRC s’émeut également des retards dans la mise en conformité des sites : « Les travaux d’accessibilité pour les personnes handicapées qui devaient être réalisés entre 2017 et 2026 n’ont été effectués qu’à hauteur de 2,4M€ sur les 78M€ prévus », lit-on dans la synthèse du rapport.
Dans sa réponse, le Département renvoie notamment aux contraintes imposées par l’État, qui conserve un droit d’usage sur une partie des biens appartenant à la collectivité tandis que les financements manquent pour les réhabilitations. Plus généralement, le Département affirme avoir entrepris une remise en ordre de sa gestion immobilière.
Franck Cellier


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