ÉDITO
Le 27 octobre, au Sénat, un amendement au projet de loi « casseurs-payeurs » a tenté de réserver aux seuls journalistes professionnels une protection contre la mise en cause de leur responsabilité individuelle lors de manifestations. Une proposition qui interroge : à l’heure où les indépendants se multiplient et où des journalistes dénoncent des blessures causées par les forces de l’ordre, qui décidera demain de celles et ceux qui ont le droit de filmer, de photographier et d’informer ?
Le mardi 27 octobre, lors des débats au Sénat sur la loi « casseurs payeurs », le gouvernement et son ministre de l’Intérieur Laurent Nunez avaient tenté d’introduire un amendement pour tenter de limiter la définition du journaliste. Dans l’alinéa 4 de l’article 1ᵉʳ du projet de loi tel que proposé par cet amendement, celui-ci stipulait que seuls « les journalistes professionnels au sens de l’article L. 711-3 du code du travail, dans l’exercice de leur mission d’information publique » seraient protégés de voir leur responsabilité individuelle engagée en cas de dommages causés lors d’un rassemblement.
Dans son objet, il est précisé que cet amendement vise à « mieux protéger la situation des journalistes professionnels ». Mais qu’est-ce que cela veut dire aujourd’hui être journaliste professionnel dans un milieu qui n’a cessé de voir exploser le nombre de journalistes indépendants qui, pour une grande partie, ne peuvent pas prétendre à la carte de presse, ne pouvant pas remplir les conditions pour son obtention ?
Cet amendement pose la question d’un monde où, d’un côté, les forces de l’ordre peuvent filmer sans restriction les manifestations et leurs abords grâce à la vidéosurveillance et aux drones, alors que, de l’autre, les individus seraient restreints dans leur capacité à pouvoir légitimement filmer ce qu’il se passe. On peut donc se dire que si cet amendement venait à être adopté lors d’une prochaine lecture du projet de loi ou postérieurement, les personnes qui filment des violences policières, des tirs non réglementaires ou autres pourraient se voir opposer l’obligation de payer des dégâts qui auraient été causés au même moment ?
Comment ne pas voir dans cette proposition du gouvernement une faillite de sa politique ? Une fuite en avant vers toujours plus de restriction des libertés fondamentales ? Un pays serein et sûr de sa police ne devrait pas craindre que l’action de celle-ci soit contrôlée par les mêmes individus qu’elle est censée protéger.
Et si l’objectif principal est de réellement protéger les journalistes, comment expliquer le peu de réactions des membres du gouvernement, ministre de l’Intérieur et Premier ministre, alors que plusieurs journalistes ont, depuis le début des mobilisations lycéennes, dénoncé des blessures suite à l’utilisation de grenades par les forces de l’ordre ?
Je repense à cette phrase : « Lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester » et je me demande à quel moment notre carte de presse cessera de nous protéger. À quel moment un gouvernement futur pourra décider, calmement, avec des mots doux, que nous ne réalisons pas un travail journalistique ? Aurons-nous alors le droit de continuer à photographier, filmer, informer ?
Olivier Ceccaldi


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