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Abeilles en danger : l’appel de Thierry

Citoyennes, citoyens, prenons le temps d’observer celles qui, dans un bourdonnement presque imperceptible, assurent une grande partie de l’équilibre du vivant. Aujourd’hui, Thierry, apiculteur Réunionnais, nous invite à découvrir le monde fascinant des abeilles…

Alors que l’Assemblée nationale adoptait, dans la nuit du 20 au 21 juillet 2026, le projet de loi d’urgence agricole – dite « loi Duplomb » –, prévoyant notamment la réintroduction sous conditions de l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, à plus de 9 000 kilomètres de là, un apiculteur Réunionnais ouvrait ses ruches pour constater, une fois encore, la fragilité du vivant.

Au cœur d’un rucher du nord de La Réunion, Thierry Gaudart ouvre délicatement une colonie. Un léger nuage de fumée s’échappe de l’enfumoir. Les abeilles s’apaisent. Derrière chaque cadre retiré apparaît un univers parfaitement organisé où chaque ouvrière connaît sa mission. Ici, rien n’est laissé au hasard.

Apiculteur depuis 2020, il est arrivé dans ce métier à la suite d’une reconversion professionnelle. Une rencontre avec un apiculteur expérimenté va bouleverser son regard. « Il m’a demandé de tendre ma main. Il y a versé un paquet d’abeilles. Je suis resté immobile. Il m’a regardé et m’a dit : « Toi, tu pourras être apiculteur un jour » ». Depuis, ses journées sont rythmées par les visites de ruchers, le contrôle des colonies et la surveillance constante d’un équilibre devenu de plus en plus fragile.

Une société exemplaire

Quand on le suit et l’écoute, les abeilles représentent bien davantage qu’un insecte producteur de miel. « Ce qui me passionne, c’est leur mode de fonctionnement. Une unité, une volonté de faire tous ensemble et une volonté de réussir tous ensemble. » Une ruche forte peut compter près de 60 000 abeilles. Chacune participe à la survie de la colonie. Les ouvrières nourrissent les larves, récoltent le nectar, protègent la reine et prennent même la décision de la remplacer lorsqu’elle n’assure plus correctement son rôle. Cette organisation fascine l’apiculteur autant qu’elle l’inspire.

L’enfumoir produit une fumée froide qui calme temporairement les abeilles
et permet à l’apiculteur d’inspecter les cadres

Observer la nature au fil des saisons

Chaque ouverture de ruche devient un véritable diagnostic de l’état de l’environnement. Les réserves de miel, la présence du pollen, la qualité du couvain, la vigueur de la reine ou encore le comportement des ouvrières permettent d’évaluer la santé de la colonie. Mais ces observations révèlent aussi une réalité plus inquiétante.

« La biodiversité, elle a chuté. C’est impressionnant ».

Au fil des années, l’apiculteur constate une multiplication des menaces qui pèsent sur les abeilles.

Le Varroa, acarien parasite redoutable qui affaiblit les abeilles

Des ennemis toujours plus nombreux

Le premier est bien connu des apiculteurs : le varroa. Arrivé à La Réunion en 2017, cet acarien parasite les abeilles en se nourrissant de leur hémolymphe jusqu’à provoquer leur mort. Son apparition a entraîné la disparition d’une grande partie du cheptel réunionnais. À cette menace s’ajoutent désormais la fausse teigne, dont les larves envahissent les rayons de cire, ainsi que le petit coléoptère des ruches, détecté récemment sur l’île et placé sous surveillance sanitaire.

Le petit coléoptère des ruches, ravageur des abeilles mellifères, détecté pour la première fois à La Réunion en 2022.

L’apiculteur évoque également un autre risque : l’arrivée éventuelle du frelon asiatique. Pour lui, la mondialisation impose une vigilance constante afin d’éviter l’introduction de nouveaux ravageurs capables de bouleverser les équilibres naturels.

Un rôle essentiel pour la biodiversité

Au-delà du miel, Thierry Gaudart rappelle la fonction irremplaçable des abeilles.

« Une abeille est le plus gros pollinisateur de la planète. Si on détruit les abeilles, on détruit d’abord la végétation, puis l’humain n’aura plus rien. »

Dans ses ruchers, il choisit de ne jamais prélever toutes les réserves.

« Le miel du corps de ruche, on n’y touche pas », explique-t-il. Une manière de privilégier la santé des colonies plutôt que le rendement.

Larve d’abeille au fond d’une alvéole, une étape essentielle du développement de la future ouvrière

Son objectif est clair :
« Ma mission, c’est de veiller à ce que le cheptel ne diminue pas. »

L’homme face à ses responsabilités

Au cours de l’entretien, le regard de l’apiculteur dépasse largement les limites de son rucher. Il s’interroge sur les conséquences des pesticides, des engrais chimiques et de certaines pratiques agricoles.
« L’abeille est là. Essayons plutôt de la sauver en arrêtant de mettre des pesticides, des engrais chimiques, etc., pour que les abeilles puissent vivre et faire leur travail correctement. »

Concernant les néonicotinoïdes, il exprime son inquiétude. Selon lui, ces substances désorienteraient les abeilles, les empêchant parfois de retrouver leur ruche. Un message qu’il adresse directement aux citoyens :
« Si vous voyez passer une pétition contre les néonicotinoïdes, n’hésitez pas. Sauvez la planète… sauvons surtout les abeilles. »

Transmettre plutôt que subir

L’engagement de Thierry Gaudart ne s’arrête pas aux ruches. Il accompagne aujourd’hui plusieurs établissements scolaires de La Réunion dans la création de ruchers pédagogiques. Il forme enseignants et élèves afin de sensibiliser les plus jeunes au rôle des pollinisateurs et à la préservation de la biodiversité.

Pour lui, chacun peut agir à son niveau : planter des espèces mellifères, préserver les fleurs sauvages, limiter l’usage des produits chimiques et apprendre à mieux connaître les abeilles plutôt que de les craindre.

Une actualité qui fait écho à son témoignage

Cette interview a été réalisée alors que le débat autour des néonicotinoïdes occupait une nouvelle fois le devant de la scène politique.

Dans la nuit du 20 au 21 juillet 2026, le Parlement a adopté définitivement la loi Duplomb, un texte qui prévoit notamment la réintroduction, sous certaines conditions, de l’acétamipride, un insecticide appartenant à la famille des néonicotinoïdes.

Cette décision divise profondément. Les défenseurs du texte invoquent la nécessité de soutenir certaines filières agricoles confrontées à une concurrence internationale, tandis que de nombreuses organisations environnementales alertent sur les conséquences possibles pour les pollinisateurs et la biodiversité.

Sans prétendre trancher ce débat, le témoignage de ce passionné apporte le regard d’un homme de terrain. Celui d’un apiculteur qui, chaque semaine, observe l’état de santé de ses colonies et mesure combien l’équilibre du vivant demeure fragile.

Capture d’écran : Assemblée Nationale, projet de loi d’urgence agricole

« En sauvant les abeilles, on sauve notre monde. Sans les abeilles, il n’y a plus de nature. »

Citoyennes, citoyens, les abeilles ne réclament ni applaudissements ni récompenses. Elles accomplissent, dans un silence presque invisible, un travail dont dépend une grande partie de la vie sur Terre. Les protéger aujourd’hui, c’est préserver le monde que nous laisserons demain.

21 juillet 2026, Saint Denis de La Réunion
Franck Butel

Contribution bénévole

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A propos de l'auteur

Rédaction Parallèle Sud

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