[Aérien] Les prix des billets au plus haut et pour longtemps

DÉLÉGATION AUX OUTRE-MER

Auditionnés par les députés de la Délégation aux Outre-mer, les responsables des principales compagnies aériennes desservant les Dom ont justifié le haut niveau du prix des billets d’avion par les conséquences de la crise Covid et le « yield management ».

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Les frontières sont rouvertes, les avions sont pleins et les billets d’avion n’ont jamais été aussi chers. Ce constat — le député (GDR) de Polynésie Française, président de la Délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale, Moetai Brotherson a mentionné des taux d’évolution entre 30 et 62% d’augmentation selon les destinations — est à peu près admis par tout le monde.

Rassemblés autour de la table, en présentiel à l’Assemblée nationale, à Paris, et à distance en visio-conférence, les plus hauts responsables des compagnies aériennes desservant les territoires d’Outre-mer (Air France, Air Caraïbes, Air Austral, Corsair, Air Tahiti Nui, French Bee, Aircalin et Air Saint-Pierre) ont chacun donné leurs explications. Et là encore, elles sont proches, sinon semblables. « Nous ne constatons pas de baisse de prix du pétrole sur les types d’hydrocarbures que nous utilisons, a ainsi expliqué Pascal de Izaguirre, directeur général de Corsair. Nous utilisons du pétrole raffiné, le « jet fuel ». Il a presque doublé en un an et ne présente pas de tendance baissière. De plus, une bonne partie de nos dépenses sont libellées en dollars et il s’est apprécié de 30%. Nos redevances de survol, ce que nous payons lorsque nous survolons un pays étranger, ont également augmenté de 20%. Le problème de la hausse des billets d’avion n’est pas uniquement du ressort des compagnies aériennes. »

« Une trop grande complexité »

Henri Fourcade, Air France

Interrogés par la sénatrice (PS) de Martinique Catherine Conconne — responsable d’une commission spéciale sur la continuité territoriale (voir nos éditions précédentes) — sur « les leviers » à actionner pour sortir de cette impasse, là encore les responsables des compagnies aériennes étaient d’accord entre eux. « On pourrait jouer sur la baisse des taxes, a proposé Éric Michel, directeur général d’Air Caraïbes. Par exemple, il faudrait demander à l’État de supprimer le supplément « jet fuel » qui a été décidée par la Sara (la raffinerie d’hydrocarbures des Antilles, ndlr) dans le seul but de ne pas augmenter le prix des carburants pour la population. » Des délais pour rembourser sur une période plus longue les Prêts garantis par l’État (PGE) consentis au plus fort de la crise Covid, des subventions pour assurer certaines lignes moins rentables que d’autres, des aides de Ladom pour les passagers les plus modestes : les responsables des compagnies aériennes ne manquent pas d’idées pour sortir de l’ornière.

Ces propositions pour faire baisser les billets d’avion ont un point commun que le député (GDR) de Guyane Davy Rimane n’a pas manqué de souligner : « Il s’agit encore et toujours de faire appel à la puissance publique ! Alors que le secteur public n’est pas responsable des hausses que vous avez évoqués et que vous ne donnez aucune réponse sur les différences de prix entre destinations et aucune justification sur les prix exorbitants de certaines de ces destinations ! »

« Il y a beaucoup trop de tarifs, tout cela est d’une très grande complexité, a commencé par répondre Henri Hourcade, directeur France d’Air France-KLM. Les comparaisons tarifaires avec l’année 2021 ne sont pas valides, il faut comparer avec les années précédentes. Si on fait cela, les hausses sont limitées. Et pour les Antilles, cela revient à dire que les lignes de Paris vers les Antilles sont parmi les moins chères du monde. La variabilité des prix permet à des clients qui peuvent être souples sur les dates d’avoir des tarifs très bas. C’est comme ça que fonctionne l’industrie aérienne toute entière : il faut voir le verre à moitié plein ! » Le « yield management » : cette méthode de fixation des prix à l’aide de logiciels qui font augmenter les billets lorsque les avions sont pleins et baissent les prix en basse saison, voilà le principal argument des compagnies aériennes à propos du haut niveau des billets d’avion.

À moins d’une baisse drastique du « jet fuel » dans les prochains mois, difficile d’imaginer que ce paramètre va évoluer. Au contraire, préviennent les compagnies aériennes d’une seule voix, de Air Tahiti Nui à Air Caraïbes en passant par Air Austral et Air France : la « décarbonation » du transport aérien, soit la lutte contre le changement climatique, coûtera cher. Et si ce n’est la puissance publique, ce sont les voyageurs qui la paieront.

À Paris, Julien Sartre

A propos de l'auteur

Julien Sartre

Journaliste d’investigation autant que reporter multipliant les aller-retour entre tous les « confettis de l’empire », Julien Sartre est spécialiste de l’Outre-mer français. Ancien correspondant du Quotidien de La Réunion à Paris, il travaille pour plusieurs journaux basés à Tahiti, aux Antilles et en Guyane et dans la capitale française. À Parallèle Sud, il a promis de compenser son empreinte carbone, sans renoncer à la lutte contre l’État colonial.

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