Aurore Labre, professeur dans un collège de l’est de la Réunion, s’est mise à la peinture il y a tout juste 4 ans. De son temps libre après les cours, l’envie est née, et les premières peintures sont arrivées. Elle n’a pas d’atelier pour produire ses oeuvres, mais plusieurs lieux dans sa maison qu’elle occupe tour à tour selon les différentes étapes de création de ses peintures. Du bois, des tôles, et ses doigts … voilà ses outils de création. Et du rouge, dans toutes ses oeuvres, tout le temps !

A Piton Sainte-Rose, dans une maison nichée dans une impasse, habite Aurore Labre. Luxuriance de l’est de la Réunion et végétation omniprésente : le cadre est posé. Tout est vert, sauf le ciel, qui ce jour-là est d’un bleu lumineux et presque insolent pour un pays où soi-disant il pleut tout le temps. Le jardin, une bulle de vert, est l’écrin cocon de cette maison, où Aurore, professeur d’histoire géographie, a posé ses valises il y a quelques années.
Quarante-trois ans, cheveux courts, œil pétillant, voix douce presque timide et discours posé, Aurore a commencé à peindre il n’y a pas si longtemps.



Elle n’a jamais pris de cours, ni de peinture, ni de dessin et affirme qu’elle a toujours été très créative.
Il y a deux ans, encouragée par son entourage, elle commence la peinture avec de l’acrylique, et se sent très vite attirée par les matières un peu plus brutes, un peu plus dures, marquées par les accidents et les blessures du temps ou de la vie… un peu comme celles qu’elle porte elle-même à l’épaule, au cou et sur tout le corps.
Je remarque le geste doux, la caresse qu’elle utilise pour me montrer ses cicatrices.
« J’ai besoin d’un matériau avec des cicatrices »
Après l’acrylique sur toile, Aurore expérimente d’autres chemins d’expression et s’oriente vers des supports moins lisses, moins de toile blanche avec laquelle il faut tout construire et plus de matière avec lesquelles elle explore d’autres possibles : « Je n’aime pas les surfaces trop propres, trop belles ». L’artiste a besoin de traces, d’une base déjà torturée par la vie.
Depuis 2026, elle travaille sur du bois brulé obtenu à partir de planches de palettes déclouées et sur des tôles qu’elle va chercher dans la forêt ou dans les cours des cases abandonnées, arrachées par un cyclone ou tombées depuis longtemps.




Ce qui l’intéresse c’est le support qui a déjà vécu, avec ses fissures, ses noeuds, ses trous et ses plaies. Ce qui la touche, c’est cette texture déjà marquée par l’empreinte des années et ce grain unique et inestimable laissé par l’usure. Ce qui l’émeut, ce sont ces traces de moisissure, ces restes de racines anciennement accrochées, ces vestiges de champignons et de mousse, ces torsions et ces sillons laissés par les vents et les cyclones, ces noirceurs apportées par la pluie et la boue incrustée. Elle y ajoute alors sa touche, et peint les visages sur ce que ce bois lui donne et lui propose. « Ce n’est pas moi qui fais, les noeuds se révèlent, les cicatrices se montrent, je ne fais pas ce que je veux. »
Pour le bois, l’artiste passe beaucoup de temps à préparer le support : brûler les planches, les laver, les frotter. « Plus de temps pour préparer que pour peindre », dit-elle. C’est une phase de découverte continue, car c’est à ce moment qu’apparaissent la profondeur des fissures, la veine prononcée d’une planche, la trace profonde d’un clou arraché, la texture et le grain tout doucement et lentement révélés.
Sur la tôle, ou sur le bois, la peinture se fait à la main, avec les doigts. Je remarque le toucher arrondi pour envelopper la tôle ondulée avec le geste, je reconnais, là encore, la caresse sur la cicatrice pour toucher et épouser la forme. « J’ai besoin d’un matériau avec une histoire. J’aime utiliser ces cicatrices, et toutes ces traces pour lui donner une nouvelle vie. »
Sur la tôle également, la préparation est longue. Il faudra fixer la rouille et préparer les cadres qu’elle fabrique elle-même. Cette étape de préparation minutieuse et indispensable lui permet ensuite d’utiliser les traces pour les intégrer aux visages, aux regards, aux expressions délicatement restituées.
Aurore ne peint que des portraits : des têtes, des regards surtout, et des bustes parfois. Elle ne revient jamais sur une œuvre : une fois terminée, elle est définitivement finie.
« Le rouge est mon fil conducteur, c’est le symbole de la diversité humaine, notre sang à tous »
Aurore utilise le rouge depuis qu’elle peint, c’est la couleur qui a toujours été le fil conducteur de ses oeuvres depuis le début de son exploration créatrice. Je lui demande si ce rouge omniprésent et ce bois brulé de son univers créatif avait un lien inconscient avec cette terre volcanique qui l’a accueillie. Elle me répond par la négative et m’indique que la couleur rouge a toujours habité son désir de produire.
Elle réfléchit actuellement à s’orienter vers d’autres formes d’expression artistique, toujours avec du bois brulé, mais en volume, gardant sa volonté de continuer la trace, la mémoire. Les premiers essais sont prometteurs !
Elle constate avec bonheur que sa peinture touche tous les publics, et se réjouit d’être sollicitée pour exposer seule, ou avec d’autres artistes.
Victorine Felix
Contribution bénévole
En ce moment, on peut découvrir ses oeuvres sur trois lieux d’exposition : au Vapiano Saint-Denis jusqu’au 15 septembre, au cabinet Dentalpeï, centre Casabona, Saint-Pierre, à La Raffinerie à l’Ermitage-les-Bains • jusqu’au 26 août (Expo collective)
Et sur les réseaux sociaux bien sûr !
FB : https://www.facebook.com/profile.php?id=100010107968878
Instagram : https://www.instagram.com/aurore_labre/
« C’est Piton Sainte-Rose qui m’a donné envie de peindre, ailleurs, je ne me serais pas mise à la peinture.»



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