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College of Legends : au cœur de la compétition avec les Suacot Panthers 

« Vous voudriez faire de l’UNSS e-sport au collège ? » s’exclama Alban De La Grange, président de l’association Gaming La Kour, sur la scène du Téat Champ-Fleuri. Un grand oui unanime retentit dans la salle, composée en majorité des collégiens participants au College of Legends.

Jeu vidéo et éducation nationale : un mélange qui peut surprendre, mais qui témoigne d’une évolution des mœurs pour une pratique qui s’invite désormais à l’école.

Le College of Legends incarne cette évolution. Un championnat de plusieurs semaines sur le jeu vidéo League of Legends, coorganisé par Gaming La Kour et le Département de la Réunion. Une dizaine de collèges engagés, un coach par équipe issu des associations d’e-sport locales : MILS, Rising Sun, Make Your Clutch et Gaming La Kour. Le projet ne manque pas de moyens, et ce n’est pas un coup d’essai.

Curieux et intrigué, Parallèle Sud a voulu suivre cette compétition à travers l’un des collèges engagés : Joseph Suacot, à Petit-Île.

Le College of Legends se présente comme un projet citoyen, éducatif et innovant, porté par une démarche encadrée qui se veut vecteur de développement.

Pour jouer, il faut former une équipe de cinq. Un peu comme dans un sport collectif, chaque joueur occupe un rôle prédéfini par le jeu : un top-laner, un mid-laner, un bot-laner, un support et un jungler. Ces postes désignent la position des joueurs sur la carte : la voie du haut pour le top-laner, celle du bas pour le bot-laner. On peut les comparer aux postes d’un terrain de football : milieu, attaquant, défenseur…

Là encore, chacun joue selon ses affinités, car chaque rôle a un objectif propre. Le bot-laner, ou ADC, tient un peu le rôle de l’attaquant : il doit frapper fort pour faire gagner son équipe. Le but du jeu : détruire le Nexus adverse, le cœur de la base ennemie, à l’aide de personnages appelés champions, dotés de capacités et de techniques capables de renverser le cours d’un match.

Après avoir posé le décor, on peut se demander si les jeux vidéo peuvent avoir leur place au sein de l’éducation nationale.

La plus belle des équipes…

Le Collège Suacot et les Suacot Panthers©Victor Maillot

Raphaël Turpin, dit Olla, préside l’association Rising Sun. Ancien élève de Suacot, il coache la future équipe du collège. Invité à observer la première séance des élèves dans le cadre de la compétition, Parallèle Sud n’assiste pourtant pas à des jeunes se lançant à corps perdu dans League of Legends. Au contraire : c’est une séance de prévention, destinée à mettre les jeunes dans les meilleures dispositions pour une pratique encadrée. Des conseils de bien-être général (temps de pause, hydratation, sommeil réparateur…) simples mais efficaces pour qui les applique régulièrement.

L’occasion aussi de rappeler les règles de la compétition avant de se lancer officiellement : une équipe mixte, des résultats scolaires convenables et, bien sûr, un bon comportement envers les uns et les autres.

Loin de vouloir former la future génération d’e-sportifs professionnels, Raphaël Turpin puise sa philosophie d’enseignement dans une vidéo Youtube : La plus belle des équipes. Une référence qui résume bien son état d’esprit : la victoire finale l’intéresse moins que l’idée de vivre une aventure humaine passionnante, à l’image de cette fameuse équipe.

La route s’annonce pourtant longue pour les collégiens de Suacot. « On est en retard », reconnaît Raphaël Turpin au bout de deux semaines d’entraînement. La jeune équipe en est encore aux bases du jeu, quand d’autres abordent déjà des tactiques avancées.

La compétition se déroule en plusieurs temps forts : une phase d’entraînement, la compétition proprement dite, puis la grande finale au Téat Champ-Fleuri.

Le quotidien des Suacot Panthers : entraînement et match chaque semaine, du mois de mars au mois de juin. Une organisation sérieuse, qui rappellera aux amateurs de sport le déroulé d’une saison de leur équipe préférée. Rien n’est laissé au hasard : on y parle de BO3 (match en trois manches), de lower-bracket (tournoi éliminatoire), des termes techniques qui font directement écho aux compétitions professionnelles organisées par Riot Games.

Après plusieurs semaines, les Suacot Panthers, de leur surnom, font davantage figure d’outsiders que de favoris. Une première victoire, arrivée tardivement, leur permet tout juste de garder la tête hors de l’eau et d’espérer une qualification pour les demi-finales au Téat Champ-Fleuri. Mais leur restera-t-il assez de temps ?

Si le jeu et la compétition permettent bel et bien aux jeunes de travailler en équipe, de communiquer, de gérer leur stress et de s’ouvrir aux autres, il ne faut pas oublier qu’il s’agit avant tout d’un jeu. L’essentiel reste de prendre du plaisir et de s’amuser.

René-Jean (top-laner) et Kirsten (support) ont accepté de donner leur avis sur la compétition, sur leur équipe et sur leur relation avec leur coach. « Je voulais faire quelque chose d’autre de mes après-midis, rencontrer du monde », raconte René-Jean. « La relation avec Raphaël est bonne, c’est plus un pote qu’un coach pour nous », ajoute-t-il.

« J’aime bien les jeux vidéo […] ma mère était d’accord pour que je participe, mon père, lui, n’était pas d’accord, mais j’ai insisté ! », confie de son côté Kirsten.

Une équipe qui vit bien, qui prend le temps et du plaisir. L’occasion aussi, lors de certains entraînements, de s’immerger auprès de cette équipe, de remonter dix ans en arrière pour affronter la plus belle des équipes.

…pour ramener la coupe à la maison ?

Finale du College of Legends au Téat Champ-Fleuri © Twitch – GamingLaKour

Peinture de guerre au mascara, un bus direction le Téat Champ-Fleuri : l’équipe est prête. Mais si vous attendiez, dans la suite de cet article, une rude bataille pour le titre de la part des jeunes de Suacot, ce ne sera pas le cas. Pas d’outsider qui défie l’ordre établi, pas de David contre Goliath : seules trois équipes sur douze ont l’occasion de se battre pour le titre, les autres étant invitées à les encourager.

Derrière ces équipes, on n’oublie pas les structures d’e-sport qui ont accompagné les jeunes. Les Suacot Panthers, désormais spectateurs, sont d’ailleurs venus encourager le collège des Mascareignes, une autre équipe suivie par Rising Sun toujours en lice.

Et quelle finale ! Le Téat Champ-Fleuri s’est transformé en véritable arène e-sport : jeux de lumière, pupitres aux couleurs bleu et rouge frappés du logo des équipes, commentateurs pour chaque match, et invités de marque, dont la marraine de la compétition, la streameuse réunionnaise KaroViper.

Le tout retransmis sur la chaîne Twitch de Gaming LaKour. On y lit des commentaires d’encouragement pour les équipes, des messages de structures d’e-sport et de collèges espérant participer à la prochaine édition, et des réactions en temps réel face à la performance XXL des Dragons d’Hégésippe Hoarau, qui s’offrent la victoire finale et remportent la 2ᵉ édition du College of Legends.

Pour le collège de Suacot, c’était l’heure de rentrer et pour Parallèle Sud, celle de clôturer cette aventure. Les jeux vidéo ont-ils une place dans l’éducation nationale ? Sur cette compétition en tout cas, ils auront permis à ces jeunes d’expérimenter de riches rencontres et enseignements. Pour la question de la place, c’est dans la pérennité de ce projet que l’on trouvera la réponse. En attendant… une revanche pour l’année prochaine ?

Victor Maillot

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A propos de l'auteur

Victor Maillot

Titulaire d'une licence de biologie à l'université de la Réunion et d'un master en médiation et communication des sciences et des techniques ; Victor rejoint Parallèle Sud en tant que volontaire du service civique pour des missions d'éducation aux médias et à l'information et de journalisme.

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