Vaches Sica Lait élevage laitier

[Economie] Confusion de comptes à la direction de la Sica Lait ?

ELEVAGE LAITIER

Ça bouillonne dans la filière lait. Depuis l’anniversaire des 60 ans, le sol est devenu mouvant. Une troisième lettre anonyme a fait son apparition, envoyée directement au Parquet de Saint-Pierre cette fois. Après les premières investigations, l’enquête est en standby, le temps de déterminer la meilleure suite à apporter à l’affaire. Car le dossier de la filière lait, au-delà de la leucose bovine, s’annonce nébuleux. Il fallait bien commencer quelque part.

L’enquête de gendarmerie est déclenchée suite à l’envoi d’un courrier anonyme au Parquet de Saint-Pierre évoquant le cas d’une ancienne éleveuse. Isabelle* est aujourd’hui à la retraite. L’affaire dont il est question remonte à l’année 2019. A ce moment, l’éleveuse du Tampon forme sa fille à reprendre son exploitation. En parallèle, cette dernière, qui a lâché son poste en France et veut changer d’orientation, passe son diplôme. Les deux femmes ont investi dans la rénovation des bâtiments et n’attendent plus que la livraison de dix génisses afin de relancer la production de lait.

Dix vieilles vaches

A cette période, les éleveurs Jean-Paul Bègue, Georges et Mélusine Lauret sont mis à la porte de la coopérative laitière pour avoir dénoncé, entre autre, l’absence de prise en charge de la leucose bovine à la Réunion, une maladie éradiquée en France. Isabelle leur apporte son soutien. Son positionnement n’est visiblement pas du goût de la direction de la Sica Lait qui lui fait comprendre. Elle est d’ailleurs une des seules à oser le faire sans se cacher, la majorité des éleveurs craignant des répercussions sur eux-mêmes et sur leur activité.

Alors qu’elle attend ses génisses, Isabelle se voit livrer dix vieilles vaches. Déposées par un camion sur son exploitation sans en être avertie et sans avoir été placées en quarantaine. Il semblerait que les animaux en question étaient alors destinés à l’abattoir. Pourquoi sont-ils arrivés à cet endroit et dans ces conditions ? L’équipe présente sur l’élevage refuse les vaches mais la Sica Lait ne viendra jamais les rechercher. Des financements internes auraient même été refusés, l’éleveuse ayant maintenu sa décision de ne pas signer la facture des vaches.

Un chèque depuis son compte personnel

Atterrée, Isabelle menace d’appeler la presse et de montrer l’état des vaches qu’on lui a livrées à la place de génisses. Pour témoigner de sa « bonne foi », le directeur de la Sica Lait aurait alors fait un chèque de 1000 euros à Isabelle et promis des livraisons gratuites d’ensilage. L’ennui est qu’il aurait fait ce chèque depuis son compte personnel. Les enquêteurs de la gendarmerie devront s’efforcer de comprendre s’il y a eu confusion entre les biens personnels et ceux de la coopérative. Après les premières investigations menées par la brigade du Tampon, l’enquête a été mise en standby par le Parquet de Saint-Pierre, le temps de décider à quelle unité confier le dossier.

A partir de cette livraison inattendue de vaches, tout se serait accéléré pour l’activité d’Isabelle. Le reste du troupeau de l’éleveuse (soit une vingtaine de vaches qu’elle possédait déjà) serait tombé malade, produisant de moins en moins de lait. Une vache est tellement fatiguée qu’il faut la lever à l’aide d’une corde pour l’emmener à la traite.

Les ennuis se seraient alors accentués rapidement menant à l’arrêt de l’exploitation. Ne pouvant plus payer les frais liés aux inséminations, au vétérinaire, etc., la mère, sa fille et son gendre se seraient retrouvés isolés, sans rentrées d’argent et contraints de continuer à entretenir le troupeau du mieux qu’ils le pouvaient. Fin 2020, sa fille décide de faire une croix sur ses aspirations et retourne en France pour le travail, ses économies en moins.

50 000 euros

Aujourd’hui encore, il semblerait que la Sica Lait réclame à Isabelle près de 50 000 euros pour le paiement des vaches, de l’ensilage et des bottes de paille de cannes que la coopérative avait livrés de sa propre initiative. L’éleveuse conteste et demande le paiement de ses parts sociales.

Cette troisième lettre de dénonciation envoyée par, semble-t-il, encore un éleveur différent, témoigne une nouvelle fois du climat tendu au sein de la filière lait. L’avenir de celle-ci semble incertain, certains éleveurs sont au bord de la rupture, la répression des fraudes s’y intéresse également, comme nous l’écrivions début juillet.

Jéromine Santo-Gammaire

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A propos de l'auteur

Jéromine Santo Gammaire

En quête d’un journalisme plus humain et plus inspirant, Jéromine Santo-Gammaire décide en 2020 de créer un média indépendant, Parallèle Sud. Auparavant, elle a travaillé comme journaliste dans différentes publications en ligne puis pendant près de quatre ans au Quotidien de La Réunion. Elle entend désormais mettre en avant les actions de Réunionnais pour un monde résilient, respectueux de tous les écosystèmes. Elle voit le journalisme comme un outil collectif pour aider à construire la société de demain et à trouver des solutions durables.

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