[Exposition] Les peintures vivantes de Jeff Angelo

L'artiste Jeff Angelo expose ses œuvres d'art visionnaire au cours des mois de décembre et janvier au front de mer de Saint-Paul.

ART ET MEDITATION

Les yeux mi-clos, le regard de l’Amérindien est apaisé, concentré sur une chouette lumineuse entre ses mains. Comme la majorité des tableaux de Jeff Angelo, le personnage se trouve en pleine nature, une nature qui fait penser à La Réunion. Les couleurs vives et le réalisme marquent l’œil du visiteur. La lumière sur son visage semble changer, on dirait que l’homme s’adresse à nous.

Jeff Angelo, 33 ans, peint ses visions à travers ses œuvres. L’exposition de l’artiste se tient tout le mois de décembre sur le front de mer de Saint-Paul et pourrait se prolonger en janvier. Ce sera la dernière avant deux ou trois ans, le temps pour lui de se concentrer sur la création, sur la variation des supports. Lui qui, jusque-là, utilisait uniquement comme expression de son art visionnaire la peinture acrylique et la peinture à l’huile posées sur toile. Il a accepté de raconter à Parallèle Sud le processus artistique qui se met en place quand il commence à créer à partir des formes et images qu’il voit en méditation.

Peux-tu nous expliquer un peu ton parcours, qui tu es ?

Jeff Angelo : Je suis né au Port, j’ai grandi à La Réunion. Jusqu’à ce que je finisse par ne plus trouver ma place. J’ai même eu un échec scolaire. A ce moment-là je suis parti au Québec, c’était en 2009. Je voulais démarrer une nouvelle vie.

L’ayahuasca a joué sur mon parcours artistique

Petit j’adorais dessiner, créer, faire des maquettes avec du polystyrène, du bois, tout ce qui m’entourait. Mais à l’adolescence je ne créé plus du tout. C’est seulement au Québec que la créativité revient, le champs redevient libre et mes passions refont surface.

Tu as un déclic ?

Pendant 4 ans, je ne vais pas vraiment trouver ma voie là-bas mais je vais avoir des indices forts. En étant au Québec, je vais en profiter pour aller au Pérou prendre l’ayahuasca qui est une médecine chamanique. C’est ça qui a joué pas mal sur mon parcours artistique car c’est une médecine très puissante qui créé des visions. C’est une sorte de méditation très intense.

C’était un séjour de deux ou trois semaines. On va dans la forêt amazonienne plusieurs jours où tu te retrouves tout seul face à toi-même, à tes peurs. On n’a pas de téléphone, pas de bouquin, il n’y a plus de place à la distraction. Il n’y a que soi.

La méditation est un outil génial

Qu’est-ce que tu étais allé chercher ?

J’y vais pour me comprendre davantage, savoir ce que je veux faire sur Terre, ce que je veux faire de mes mains dans la société. Comment participer à mon échelle dans ce monde. Ca me donnera des belles réponses. A cette époque je commence à méditer, à avoir beaucoup de visions. La méditation est un outil génial. C’est pendant le voyage au Pérou que je vais commencer à dessiner mes visions.

Ça s’appelle de l’art visionnaire. C’est le nom que l’on donne à l’art que font des artistes qui dessinent leur vision.

Tu as commencé à peindre à partir de ce moment ?

Quelques mois plus tard, j’ai essayé de peindre mes visions, mais c’est super compliqué en fait. Ça part dans tous les sens, c’est des visions tellement complexes, tellement riches, que je n’arrive pas à les mettre en matière. Donc je mets ça de côté.

Mais je commence à trouver ma voie, il y a quelque chose qui m’attire là-dedans, qui me fait vibrer. C’est seulement en 2016 où je vais réussir à mettre ces visions en peinture.

  • L'artiste Jeff Angelo expose ses œuvres d'art visionnaire au cours des mois de décembre et janvier au front de mer de Saint-Paul.
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  • L'artiste Jeff Angelo expose ses œuvres d'art visionnaire au cours des mois de décembre et janvier au front de mer de Saint-Paul.
  • L'artiste Jeff Angelo expose ses œuvres d'art visionnaire au cours des mois de décembre et janvier au front de mer de Saint-Paul.

C’est quoi les visions que tu as ?

Des couleurs, des formes, des géométries et des choses très parlantes… Ça a du sens, c’est structuré. C’est assez magique et, du coup, j’ai envie de le partager. Parce que je vois que ce n’est pas forcément commun.

La vie est structurée de façon intelligente

Les formes géométriques reviennent sur un grand nombre de tes peintures, quelle est leur signification ?

En méditant, il y a des visions de plus en plus complexes et détaillées qui apparaissent, ce qu’on peut appeler la géométrie sacrée. La vie est structurée d’une façon intelligente. Si on regarde une fleur, c’est mathématique, l’ADN, les écailles d’un serpent, tout en fait ! C’est fascinant. Ce n’est pas hasardeux. C’est comme ça que la vie se manifeste et fonctionne. Par la symétrie, par la géométrie.

Est-ce que les symboles qui encadrent tes peintures ont un sens également ?

C’est une sorte de langage qui nous entoure et nous constitue. En méditation, je le capte. Ce n’est pas comme une langue écrite, mais tout est énergie, et je comprends cette énergie. En méditation tu peux tout explorer comme un microscope. Un bout de bois par exemple grouille d’informations.

Quels sont les messages que tu cherches à transmettre à travers tes œuvres ?

Jeff Angelo : Il y a tellement de choses que j’ai envie d’exprimer. Que le monde n’est pas tel qu’on croit qu’il est, il y a des choses qu’on ne voit pas avec nos yeux… (Il rit) J’ai envie d’exprimer qu’il y a une source en nous, quelque chose d’infini qu’on peut atteindre à travers la méditation. Notre conscience sans limite. On n’est pas seulement humain. Les atomes qui nous composent viennent du cosmos en fait. C’est vérifiable scientifiquement, notre corps est composé d’or, de magnésium, de plein d’éléments qui viennent du cosmos.

J’ai envie d’exprimer le fait qu’on est tous interrelié. Si tu fais du mal autour de toi, tu fais du mal à toi-même. Je pense qu’aujourd’hui il faut réapprendre à faire du bien, retrouver une certaine sagesse qu’on a perdue.

En occident, on est un peu comme des gamins à faire n’importe quoi

Il y a des personnages qui se retrouvent sur plusieurs peintures, comme la figure du sage ou de l’Amérindien…

J’aime bien peindre des Amérindiens parce que ce sont des peuples qui ont su rester très proches de la nature. Ils la respectent, ils en prennent soin, ils ont gardé leur médecine qui a des millénaires. Je trouve ça beau. En occident on a perdu beaucoup de choses, par la modernité.

On est quand même un peu comme des gamins à faire n’importe quoi. On détruit, on consomme, on pollue, on fait beaucoup de conneries. Peut-être que ces visages anciens nous invitent à reprendre en maturité.

Tu mêles donc tes visions et des figures qui t’inspirent?

Oui tout à fait, il n’y a pas uniquement la méditation mais aussi ce que je peux voir, n’importe où.

Quand on regarde tes œuvres, on a l’impression que les visages sont en train de bouger… On sent que quelque chose passe à travers la peinture…

C’est un souhait de ma part d’avoir des toiles très poussées, vivantes, qui communiquent des choses.

Comment tu arrives à faire ça?

Je crois que c’est tout le travail artistique. Chaque coup de pinceau, chaque élément placé à tel endroit, chaque détail, chaque couleur, chaque forme fait qu’il y a une magie au fur et à mesure que la toile avance qui s’opère. En moi-même déjà, parce que c’est moi qui la peint donc il y a un dialogue avec moi-même. Jusqu’au moment où la toile est terminée et qu’elle soit vivante en fait. Et ça peut prendre des mois, jusqu’à deux ans.

Plus je mets de l’énergie, plus la toile est vivante

Donc c’est comme ça, tu as une plume de la chouette que tu vas essayer de mettre en forme jusqu’au moment où tu arrives à la matérialiser ?

Jeff Angelo : Oui. Et plus elle est travaillée, plus j’y mets de l’énergie, plus elle est vivante telle que je la vois dans mon esprit. Alors qu’en trois coups de crayon elle aura pas ce côté vivant. Au début, je suis sur une surface plane qui est blanche, vierge et, au fil des semaines, je fais descendre ces visions, ces énergies dans la matière. C’est l’amour que j’y mets qui fait que ça devient vivant.

Quand la toile est vivante, c’est là qu’il y a un détachement qui se produit, ça y est la toile est fini, c’est évident. Elle est prêt à être exposée pour que la magie opère avec les visiteurs.

Est-ce que les visions de tes méditations ont évolué au fil du temps ?

C’est de plus complexe et détaillé, je comprends de plus en plus ce que je vois. Le regard, la conscience s’affine, je perçois de plus en plus de choses. C’est sans fin.

Est-ce que tu as une technique pour les personnes qui aimeraient méditer mais ne savent pas forcément comment s’y prendre ?

Pourquoi pas, au tout début, respirer profondément et prendre conscience de cette respiration, prendre conscience de ses pensées. En fait être très observateur. Juste prendre du recul sur ces petites choses, ça peut être très puissant et ça peut être source de joie. Parce qu’au quotidien, on est comme pris dans nos pensées qui sont parfois de l’auto-flagellation ou parfois rabaissantes.

Méditer, quand on devient à l’aise, c’est comme un voyage

Quand on médite, il y a un moment où il y a une autre réalité qui nait. Plus celle que l’on voit avec nos yeux physiques, mais un autre monde. Les techniques, ça peut être utile au début surtout. Le surfeur, la première fois qu’il va prendre une vague, il a besoin d’une technique, mais après il s’en fout, il surf. Méditer, quand on devient à l’aise, c’est comme un voyage.

Tu as l’impression que tu voyages où ?

On voyage dans l’inconscient collectif, dans la conscience… Et même dans l’univers. Quand on a ces facultés qui se développent au fil des années, il n’y a plus de limite, tout est interconnecté, et on voyage (il rit). L’humain en a marre d’être limité dans son petit corps, son petit quotidien, et c’est pour ça que la méditation attire.

Qu’est-ce que ces voyages t’ont apporté dans ton quotidien ?

Ça m’a permis d’enlever mes propres limites, de prendre confiance, de comprendre que je peux réaliser tout ce que je souhaite si je me donne les moyens de m’enlever les pensées limitantes, les croyances de la société, des parents. Ça m’a permis de grandir.

Jéromine Santo-Gammaire

Infos pratiques

L’exposition se tient 7 jour sur 7, en présence de l’artiste pendant tout le mois de décembre sur le front de mer de Saint-Paul à l’Île de La Réunion. Les horaires d’ouverture sont les suivantes : de 10h00, à 19h00 du lundi au dimanche.

L’exposition se tient à l’arrière de l’espace Psynergie, 178 boulevard du front de mer, Saint-Paul. Une grande affiche « Exposition Jeff Angelo » est visible depuis la route. L’exposition est gratuite.

A propos de l'auteur

Jéromine Santo Gammaire

En quête d’un journalisme plus humain et plus inspirant, Jéromine Santo-Gammaire décide en 2020 de créer un média indépendant, Parallèle Sud. Auparavant, elle a travaillé comme journaliste dans différentes publications en ligne puis pendant près de quatre ans au Quotidien de La Réunion. Elle entend désormais mettre en avant les actions de Réunionnais pour un monde résilient, respectueux de tous les écosystèmes. Elle voit le journalisme comme un outil collectif pour aider à construire la société de demain et à trouver des solutions durables.

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