Manifestation intersyndicale de Saint-Denis ©Etienne Satre

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Les luttes convergent dans les rues de Saint-Denis et Saint-Pierre

KWAFÉ ZORDI

Les syndicats se sont joints en force aux lycéens et étudiants pour prolonger la vague de contestation contre la vie chère, le délaissement des services publics et la politique d’austérité du gouvernement. Particularité de ce jour : les parents ont accompagné leurs enfants pour exprimer une même colère.

Nouvel acte de la rentrée sociale, les deux manifestations organisées ce 5 novembre à Saint-Denis et Saint-Pierre ont réuni des milliers de personnes. Nous en avons compté plus de 1 500 à Saint-Pierre et au moins autant à Saint-Denis. L’avenue de la Victoire était noire de monde. Les chiffres annoncés par la préfecture à la mi-journée sont inférieurs aux nôtres : « 1 300 à Saint-Pierre et 900 à Saint-Denis ».

Les syndicats de l’intersyndicale, CGTR, CFDT, CFTC, FO, Solidaires, Unsa, FSU, Saiper, etc., ont su se joindre aux colères populaires. Quelques élus sont également descendus dans les rues. Nous avons croisé Alexis Chaussalet accompagné d’une dizaine de conseillers municipaux, dont une élue de l’Entre-Deux, ainsi que Patrick Lebreton. Les militants de LFI se sont mobilisés en masse. Rappelons qu’une vingtaine d’élus des forces progressistes dirigées par Huguette Bello avaient appelé à manifester.

À Saint-Pierre. © Olivier Ceccaldi
Manifestation intersyndicale de Saint-Denis ©Etienne Satre
À Saint-Denis. © Etienne Satre

Les premiers réels publiés par Parallèle Sud sur son compte Instagram décrivent une convergence des luttes intergénérationnelles. Est-ce dû au fait que les lycéens ont amorcé le mouvement depuis quelques semaines et que leurs parents se sont sentis obligés de les suivre, voire de les protéger ? Toujours est-il que l’on a souvent manifesté en famille. 

Père et fille en manif

Une lycéenne et son père ont fait la route depuis Cilaos pour rejoindre la manif du sud. « On est là pour la convergence des luttes, moi je suis là pour le mouvement lycéen », lance la jeune fille. Et son père de rajouter : « Moi, je la suis et je la protège un peu, au cas où… Et je suis là pour les retraites, pour les profs, la vie chère, les pompiers, les soignants… et toute la bande… »

Les deux manifestations se sont révélées festives et ensoleillées. Les forces de l’ordre déployées (318 policiers) se sont contentées de régler la circulation. Les chants révolutionnaires et contestataires, scandés avec classe par la Fanfare militante à Saint-Pierre ont émaillé la matinée. 

Au-delà des musiques et des sourires d’une mobilisation réussie, la colère demeure profonde dans les slogans et sur les pancartes. Les leaders syndicaux portent des revendications propres à leurs branches d’activité. On retient notamment ce chiffre dramatique, rapporté par Michaël Jalma, secrétaire général de la CGTR Finances publiques, de 43 suicides recensés dans les services des finances publiques en France depuis 2023.

Il est donc question de conditions de travail dégradées et de mal-être. Mais aussi de délaissement des services publics. Lorsque le cortège dionysien est passé devant la clinique Saint-Vincent, les infirmiers sont venus saluer les manifestants qui ont entonné : « Des sous pour l’hôpital, pas pour l’armée ».

Non à Macron, Bardella et Le Pen

Évidemment la vie chère se retrouve dans tous les discours. Qu’ils soient lycéens, étudiants, salariés ou retraités, les manifestants expliquent ne plus arriver à vivre décemment. Les causes sociétales font aussi partie des préoccupations exprimées contre le racisme, les violences policières ou le mépris des minorités. Quelques drapeaux palestiniens rappellent à quel point le génocide à Gaza reste présent dans les esprits. Aperçus également : des étendards antifascistes.

« Rien ne va plus dans les hôpitaux, s’exclament Colombe et Maylis, deux étudiantes. On va devoir travailler jusqu’à la tombe. Il faut prendre en compte la population et les minorités, il faut penser collectif ! » Les pancartes ciblent principalement Emmanuel Macron, mais aussi Jordan Bardella et Marine Le Pen.

Alors qu’une délégation devait être reçue en sous-préfecture à Saint-Pierre, nous retenons l’image d’un cortège pluriel : les syndicats, corps constitués, sérieux et organisés à l’avant, et une manif plus festive à l’arrière. On pouvait entendre de la fanfare, mais aussi du tambour et de la techno. Comme une grande traversée des générations contestataires.

Franck Cellier avec Sarah Cortier, Etienne Satre et Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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