L’invention de la pompe à pognon

[LES COMPTES DU JIR : ÉPISODE 2]

Nous vous avons raconté hier comment le patron du JIR avait réussi à sauver son salaire de roi en même temps que le JIR et ses salariés. Il empoche 17 000 € net par mois (sans compter les avantages en nature) pour un coût annuel de 400 000 € à la charge de l’entreprise sous perfusion. Aujourd’hui nous vous racontons plus en détail qui a payé la facture.

C’est bien là où Jacques Tillier est un merveilleux compteur (sans faute d’orthographe). Il va falloir que l’argent public entre dans les caisses à hauteur de 1,7 M€ par an et que s’effacent des millions de dettes sociales et fiscales.Pour rendre son plan de sauvetage crédible, lors de l’audience du 10 février 2021, le Président du JIR a fait valoir la subvention de 1,5 M€ que la Région venait de lui accorder.

Ouf pour 2021 et la période électorale qui s’ouvrait alors… Reconnaissons lui la paternité de cette nouvelle charge régionale qu’il a débloquée peu après son retour à La Réunion en 2016. Jusqu’alors les collectivités locales se contentaient de maintenir une petite pression « amicale » sur les médias en choisissant ceux à qui elles achèteraient le plus d’encarts publicitaires.Le JIR a aidé l’ex-président Didier Robert à inventer la « subvention régionale à la presse ».

C’est vrai que la collectivité s’est substituée à l’Etat qui accorde ce genre d’aide à la presse en métropole et oublie La Réunion. Mais il est surtout vrai que cette pompe à pognon inventée par Jacques et Didier s’est accompagnée d’une connivence affichée qui n’a fait que discréditer le JIR. Sans parler de la contagion qui a touché d’autres médias jaloux de la méthode Tillier, mais c’est une autre histoire…

C’est nous qui payons !

Le contribuable paie donc, via la subvention régionale, pour le maintien de l’activité du JIR… et du salaire de son président. Il paie aussi pour la majeure partie des créanciers : 1,1 M€ pour l’Unedic AGS, 2,1 M€ pour la CGSS, 460 000 € pour le Fisc, 570 000 € pour les caisses de retraites. Autant de dettes publiques qui s’effacent sans que le citoyen cotisant et payeur ait son mot à dire.

Il y a de quoi faire rêver les entrepreneurs qui ont été liquidés à cause de dettes fiscales et sociales bien moindres que celles-ci. Lors de l’audience, le tribunal s’était ému d’une offre trop déséquilibrée au regard des avantages consentis aux repreneurs et au détriment des créanciers et avait obligé le nouveau JIR à racheter les dettes de l’ancien pour un montant forfaitaire de 400 000 € payable en six mois. Soit moins de 10% des dettes retenues et à peine 3% des créances totales de 11,8M€.

Dans les faits, seuls les créanciers salariés du JIR sont assurés d’être payés sachant que ce « super privilège » se limite à 73 222,95€ sur l’état définitif des créances. Pour le reste, les AGS et les caisses de retraite ont certes émis un avis réservé lors de la cession. Mais personne n’a fait appel. Le service juridique de la CGSS a étudié les voies de recours éventuelles avant de se rendre à l’évidence : « Nous pouvons regretter que l’avis des créanciers ne soit pas pris en compte, mais les textes ont été respectés, la décision du tribunal de commerce repose sur une base juridique que l’on ne peut pas contester », commente la direction du recouvrement.

108 créanciers ont été recensés parfois pour quelques milliers d’euros. On y trouve quelques « épinglés » de l’édito réclamant des dommages pour diffamation et de nombreux fournisseurs eux aussi ciblés dans l’édito. Parmi eux, deux présentent d’énormes factures. La Safi, société du groupe du Quotidien qui a imprimé le JIR pendant plusieurs mois, réclamait 3,3 M€. Elle a fini par se désister car « ne voulant pas perdre de l’énergie dans une procédure incertaine ». Orange réclamait 1,4 M€ et ne souhaite faire aucun commentaire…

On peut juste se demander pourquoi la société téléphonique n’avait pas coupé les lignes avant d’en arriver à une telle facture…

Franck Cellier avec J.S.G.

En bonus : la publication du détail de l’état de la masse salariale du JIR du 1er janvier au 31 octobre 2020 et la Liste des Créances arrêtée au 23 juillet 2020.

A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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