Saodaj sur scène

[Musique] Le maloya nomade s’envole vers le rock

SAODAJ

La musique de Saodaj, de « nomade », s’en va explorer les chemins des cordes saturées et de l’énergie rock.

Saodaj Jonathan Itema et Marie Lanfroy
Saodaj : Jonathan Itema et Marie Lanfroy. (Photos PhN)

Violoncelle rageur, guitare saturée, « Mwin lapa pèrd somin », hurle Marie Lanfroy sur le quai du Port. Saodaj avait sorti il y a trois mois “Foli” en clip, et nous gratifie depuis quelques heures d’une reprise de Firmin Viry, “Somin Grands Bois”.

« Un morceau de rappel, pour faire danser », indique la chanteuse et autrice, épaulée pour l’occasion par Carlo De Sacco de Grèn Semé. Danser le pogo ou le headbanging, chaque amateur de rock pourra s’y retrouver. Et pour le maloya, ce sera la voix de Jonathan Itema, toute de douceur et de colère, avant de laisser la place, là aussi, à la musique quasi psychédélique des musiciens de Saodaj dans une reprise du zarboutan militant. Sept titres tout juste enregistrés sont à venir, probablement distribués sur vinyles en plus des plateformes.

Même si Saodaj a « toujours fait des morceaux speeds », rappelle Jonathan Itema, la tendance est au gros son, comme l’illustre par exemple la musique de Mouvman Alé. « En effet, ce disque aura des accents électro-rock ; il y a un côté progressif qui ressort, on a cette vibe en ce moment », poursuit le percussionniste. « Je kiffe le rock avec un gros son, on est parti là-dedans, après on ira ailleurs », indique Marie Lanfroy, qui souligne l’apport créatif de Mélanie Badal au violoncelle et de Blaise Cadenet à la guitare.

Saodaj Marie Lanfroy à Mater
Marie Lanfroy, samedi dernier à Matèr, participait au kabar au chant et au roulèr.

Nous avons rencontré Marie Lanfroy et Jonathan Itema juste avant qu’ils prennent l’avion pour une tournée d’été en France. Et si le chemin est long, tipa tipa narivé. En réalité, dès le début en 2012, le « maloya nomade » du groupe a trouvé son public. Ils se sont rencontrés au conservatoire ; l’une en chant lyrique, l’autre en percussions et musique réunionnaise. L’une riche d’une enfance entre Madagascar et le Cameroun, l’autre fan de musiques traditionnelles, africaines, indiennes, celtes, réunionnaises bien sûr et même vikings ; là où la transe n’est jamais loin. Et si, lors de leur premier concert, à la Cerise de Saint-Paul, la musique déjà était bonne, elle s’est bonifiée avec les années et les arrivées de musiciens talentueux jusqu’à les emmener aux Transmusicales puis aux Vieilles Charrues. « Et d’une manageuse, et d’un bon tourneur en France qui aime ce qu’on fait », précise Jonathan Itema.

Pour autant, la vie d’artiste n’a rien d’un long fleuve tranquille. « Saodaj, c’est très fragile ; six musiciens sur scène et un ingé son, en tournée, c’est déjà une grosse structure pour tourner et en vivre », souligne Marie Lanfroy. « Pour notre côté trad’, comme pour le maloya, il faut du monde », renchérit Jonathan Itema, grand amateur de maloya kabaré.

Le groupe, par ailleurs, a été peiné (le mot est faible) par des accusations d’ « appropriation culturelle » en référence aux origines de sa chanteuse. « On fait de la musique par amour et dans le respect », estime Marie Lanfroy. « Nous portons de belles valeurs, et je suis en paix », poursuit-elle. Justement, le dernier morceau posté sur Youtube est une reprise d’un morceau de Firmin Viry. « C’est un hommage », assure Jonathan Itema. « Le texte et la ligne mélodique sont respectés, et on a demandé à la famille l’autorisation. Évidemment, tous les droits de la Sacem leur reviendront, on ne gagne pas d’argent là-dessus. »

Philippe Nanpon

En concert à La Réunion le 14 septembre aux Nénettes du vin à Saint-Paul et le 15 septembre chez Tiroule à Saint-Leu.

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Maloya nomade

A propos de l'auteur

Philippe Nanpon | Journaliste

Déménageur, béqueur d'clé dans le bâtiment, chauffeur de presse, pompiste, clown publicitaire à roller, après avoir suivi des études d’agriculture, puis journaliste depuis un tiers de siècle, Philippe Nanpon est également épris de culture, d’écologie et de bonne humeur. Il a rejoint l’équipe de Parallèle Sud pour partager à la fois son regard sur La Réunion et son engagement pour une société plus juste et équitable.