Ce jeudi 11 juin 2026, à l’Entre-Deux, les premières conférences de la 32ème édition du colloque international de la revue L’Autre ont fait salle comble. L’historien Prosper Ève et la professeure et psychanalyste Marie-Rose Moro faisaient partie des grands noms présents au colloque.
En ce début de matinée du 11 juin 2026, à l’Entre-Deux, juste à côté de l’église Saint-Vincent-de-Paul, les participant·e·s entrent un à un dans la salle Lanbrokin. Tous les sièges sont pris. Alors, les membres de l’organisation rajoutent de petites chaises pliantes pour les retardataires. Une salle comble écoute attentivement le discours d’ouverture de la première journée de la 32ème édition du colloque international de la revue de sciences humaines L’Autre. Après quelques discours en français, les échanges basculent en créole lorsque Francky Lauret, maître de conférences en langues et cultures régionales à l’Université de La Réunion, prend la parole. À quelle image associez-vous la kréolité ? Le sable ou le tapis mendiant sont cités. De quoi ouvrir la discussion avec des regards croisés issus de la médecine, de l’anthropologie, de la culture, de la langue créole et de la clinique transculturelle.
Il y a quelques semaines, on vous l’annonçait. Ce colloque, ayant pour thème « Métissages et Kréolités », est accueilli cette année par le Dispositif de clinique transculturelle du CHU de La Réunion, à l’Entre-Deux. L’idée est simple. Comme chaque année, le congrès réunit des professionnels et des curieux d’horizons divers et variés pour échanger, se questionner et réfléchir ensemble aux questions de transculturalité.

Des participant·e·s venu·e·s de loin… de très loin
Après une matinée de conférences plénières et de spectacles, les retrouvailles se font à la sortie. Parmi les participant·e·s ayant fait le déplacement, beaucoup se connaissent, beaucoup ont un lien professionnel avec la thématique de la transculturalité, certains ont déjà travaillé ensemble aux quatre coins du monde.
C’est le cas de Claire-Emmanuelle Laguerre et Mylène Stephan, toutes deux psychologues cliniciennes ayant travaillé ensemble en Martinique. Cette année, elles coaniment une conférence sur les violences éducatives et les représentations des travailleurs sociaux. Mais ce n’est pas la seule motivation des longues heures de vol pour Claire-Emmanuelle Laguerre, également docteure en neurosciences. « La question de la créolité et du métissage est très intéressante. Étant Martiniquaise, c’est une thématique qui fait écho. Ça m’intéresse de pouvoir comparer des situations vécues à travers l’esclavage et la colonisation, voir un peu comment chaque civilisation fait pour dépasser les situations traumatiques », confie-t-elle.

Mylène Stephan, quant à elle, vient de Brest. « En Bretagne, nous accueillons beaucoup de personnes originaires de Mayotte. J’aimerais en apprendre davantage sur le fonctionnement de ces familles et leur rapport au soin, que l’on peine parfois à comprendre. »
Les professionnels de la psychologie réunionnaise représentés
Dans la salle, ce matin-là, certain·e·s étaient venu·e·s de moins loin. Émilie Fontaine est psychologue clinicienne à Saint-Leu. Venir au colloque était une évidence. « C’est un centre d’intérêt, cela fait partie de mes travaux de recherche en doctorat. Je travaille sur la question de la transmission transgénérationnelle du traumatisme historique de l’esclavage. Nous avons conduit une réflexion avec Prosper Ève et Yolande Govindama sur la question des résidus de ces traumatismes dans la cellule familiale réunionnaise, dans la société et dans le soin. »
Pour Corianne Rey, psychologue au CHU de La Réunion et membre du dispositif de psychologie transculturelle de Ségolène Meyssonnier, « c’est une chance énorme d’avoir ce colloque à La Réunion, parce qu’il réunit tous les scientifiques qui travaillent sur la psychologie transculturelle, qui est relativement récente. En étant métisse aussi, c’est très important de parler des problématiques qui nous concernent et de créer une place plus importante à l’hôpital sur ces sujets-là. Encore plus à La Réunion. »

Un carrefour de connaissances et d’échanges
Parmi les femmes interviewées, certaines se sont inscrites à l’atelier « Trauma, trauma collectif et transmission transgénérationnelle », pendant que d’autres iront à l’atelier « Récit de soi et enjeux identitaires ». Au total, sur les deux jours, huit conférences seront proposées, ainsi qu’une vingtaine d’ateliers participatifs, entrecoupés de spectacles de danse, de lectures de contes, etc.
Ce jeudi matin, l’historien Prosper Ève a présenté son analyse des soins et des métissages dans la société créole réunionnaise pendant la période coloniale. Puis Margareth Ah Pet s’est attardée sur la thématique de « L’enfant réunionnais au cœur des héritages : chemins mêlés, cheveux maillés, l’île aux ancêtres ». Les spectateur·rice·s ont également pu écouter Jacqueline Andoche parler de la « Kréolité/créolité entre les “on dit” et l’expérience vécue : l’exemple réunionnais ».
Jusqu’à ce soir, vendredi 12 juin, le colloque investira certains espaces de la ville, en proposant « volontairement aux participant·e·s de voyager dans l’Entre-Deux et de faire de ce colloque une expérience immersive », explique Ségolène Meyssonnier.
Sarah Cortier


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