Présidentielle : Christiane Taubira tente d’éviter le naufrage

[Vu de Paris]

Incapable de faire l’union de la gauche derrière elle, Christiane Taubira réfute les procès en légitimité et mobilise tant bien que mal son réseau militant pour réunir les 500 parrainages exigés par le Conseil constitutionnel.

Christiane Taubira, en février 2022, à Paris

« Je suis candidate à la présidence de la République, pas à un secrétariat d’État ou à un poste de chef de service ! » D’un ton assuré, volontaire et cassant, Christiane Taubira recadre un journaliste. Ce dernier vient de lui demander, à la toute fin de sa conférence de presse, ce qu’elle entend par « élevage industriel ». Au pupitre, la candidate vient de décliner ses propositions pour une « transition écologique » et annoncé qu’elle mettra « progressivement fin à l’élevage industriel et en cage » au profit de l’agriculture biologique.

« Je ne vais pas m’excuser de ne pas savoir à partir de combien de milliers de têtes on considère un élevage comme industriel et s’il y a une tête de moins, c’est un élevage artisanal…, poursuit-elle, agacée. Je ne dis pas que votre question est inutile, nous nous renseignerons et vous aurez votre réponse mais, surtout, je tiens à garder cette campagne à la hauteur de la fonction à laquelle je prétends. J’ai été garde des Sceaux, j’ai eu des responsabilités et je sais comment cela fonctionne, j’ai exercé le pouvoir !  »

Cet échange un peu tendu fait suite à une séquence qui a duré tout le début du mois de février et qui a vu la réputation et la légitimité de l’ancienne députée guyanaise mise en cause. Lors d’une intervention sur le logement à l’association Abbé Pierre – questionnée et relancée sur les minima sociaux – Christiane Taubira a bafouillé, s’est reprise et n’a finalement pas réussi à répondre. La séquence a fait tache et a été reprise par la presse nationale, les radios et les chaînes d’information en continu. De quoi alimenter, par effet rebond, là encore sur les radios et les chaînes d’information en continu, de nombreux éditos en forme de procès en incompétence pour l’ancienne ministre de François Hollande.

Christiane Taubira aimerait bien tourner cette page. Interrogée par Parallèle Sud sur la place de l’Outre-mer dans sa campagne pour l’élection présidentielle, la candidate a rappelé que « 80% de la biodiversité française se trouve dans les Outre-mer et singulièrement dans la forêt amazonienne. C’est grâce à l’Outre-mer que la France a une place dans le poumon du monde, a-t-elle rappelé. Lorsqu’il y a des discussions sur les accords du Mercosur, il ne faut pas oublier que la Guyane est en Amérique du Sud. Les Outre-mer sont essentiels et on les oublie souvent », a-t-elle encore affirmé, sans toutefois les avoir mentionnés dans sa prise de parole liminaire.

« Je suis une vieille dame »

Relancée sur la question de son positionnement autour des évolutions statutaires que pourrait connaître l’Outre-mer – alors que le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu évoquait encore il y a peu la possibilité d’une plus large « autonomie » pour la Guadeloupe, Christiane Taubira a plutôt taclé le gouvernement. « Ce n’est pas clair ce que le ministre a dit là et puis surtout c’est à géométrie variable : plus d’autonomie pour la Guadeloupe et le référendum en Nouvelle-Calédonie maintenu alors que la moitié de la population voulait le reporter, il faudrait savoir !, s’est-elle agacée. En ce qui me concerne, je suis une vieille dame, j’ai eu des engagements militants dans le passé et je ne les renie pas. J’ai toujours dit quelque chose : on ne peut pas faire le bonheur des peuples malgré eux. Ce que je pense des évolutions statutaires dans l’Outre-mer c’est que ce sont des choix collectifs. Ce que j’en pense personnellement est intéressant sur le plan des idées et sur le plan philosophique mais en termes de destins collectifs, ce qui compte c’est ce que collectivement les citoyennes et les citoyens des Outre-mer peuvent décider. »

Lâchée par les responsables du Parti radical de Gauche (PRG), la structure politique qui avait porté sa candidature à l’élection présidentielle de 2002, la candidate guyanaise a vu sa situation et son avenir politique se compliquer encore. Ce parti lui apportait davantage qu’un soutien politique et moral, c’était la garantie pour elle d’avoir plusieurs dizaines voire centaines de parrainages puisque le PRG est un parti d’élus locaux. « Nous appelons tous les élus locaux sensibles à la démocratie à prendre leurs responsabilités », exhortait encore jeudi 17 février Chloé Heurton, porte-parole des « Comités Taubira 2022 », lors d’une manifestation organisée devant le Conseil constitutionnel, à Paris.

Une petite vingtaine de militants avaient fait le déplacement devant l’institution du Palais Royal., une feuille de papier à la main, scotch sur la bouche. Ils estiment injustes et inatteignables les règles qui fixent à 500 dans toute la France, le nombre de parrainages à réunir afin d’assumer une candidature à l’élection présidentielle. Au dernier relevé effectué par le Conseil constitutionnel l’ancienne députée de Guyane avait réuni moins d’une centaine de parrainages.

Julien Sartre

A propos de l'auteur

Julien Sartre

Journaliste d’investigation autant que reporter multipliant les aller-retour entre tous les « confettis de l’empire », Julien Sartre est spécialiste de l’Outre-mer français. Ancien correspondant du Quotidien de La Réunion à Paris, il travaille pour plusieurs journaux basés à Tahiti, aux Antilles et en Guyane et dans la capitale française. À Parallèle Sud, il a promis de compenser son empreinte carbone, sans renoncer à la lutte contre l’État colonial.

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