Emeline K/bidi

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Émeline K/Bidi fait adopter une loi pour préserver le patrimoine des retraités pauvres

KWAFÉ ZORDI

Des milliers de retraités réunionnais renoncent aujourd’hui à l’allocation de solidarité aux personnes âgées de 500 € pour éviter que leurs héritiers soient obligés de rembourser cette aide à l’État. La députée Émeline K/Bidi vient de faire adopter une loi pour mettre fin à cette injustice.

Interviewée par Parallèle Sud quelques mois après sa première élection à l’Assemblée nationale, Émeline K/Bidi, députée du Sud, annonçait déjà son projet : « Je m’attaquerai à l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) pour faire en sorte qu’on ne demande plus le remboursement de cette allocation aux héritiers après le décès des parents. C’est aberrant que ce soit les héritiers des pauvres qui financent cette solidarité. »

Trois ans et demi plus tard, elle est sur le point d’atteindre son objectif. Ce jeudi 11 juin, les députés ont en effet adopté à l’unanimité sa proposition de loi visant à supprimer l’obligation de remboursement sur succession de l’Aspa. Ce que la chaîne de l’Assemblée, LCP, résume par ce titre : « Retraités pauvres : les députés adoptent un texte pour favoriser le recours aux aides ». Cette proposition a été présentée dans le cadre de la niche parlementaire du groupe Gauche démocrate et républicaine.

Émeline K/Bidi a expliqué à la tribune que, « aujourd’hui, des personnes se privent d’une Aspa de 500€, ce qui n’est pas rien quand on vit avec moins de 1 000€, parce qu’elles ont peur qu’on vienne demain demander à leurs enfants de rembourser sur leur maigre succession. Avec la nouvelle loi, elles percevront environ 440€ mais elles n’auront plus à subir ce remboursement sur succession et ce sera donc 440€ de plus avec lesquels elles pourront vivre. » « Avec ce vote unanime, l’Assemblée nationale affirme un principe simple : la solidarité nationale ne doit jamais devenir une dette familiale », assène la députée.

Une allocation inférieure au seuil de pauvreté

Concrètement, les bénéficiaires de l’Aspa qui sont propriétaires de leur logement, ou qui occupent un logement à titre gratuit, verront leur aide abaissée de quelques dizaines d’euros chaque mois. En échange de cette somme, leurs héritiers n’auront plus à rembourser les sommes perçues au moment de la succession.

Grâce à la rétroactivité de la loi, les personnes qui bénéficient actuellement de l’Aspa pourront choisir de rester dans l’ancienne formule avec remboursement par les héritiers, ce qui peut arranger les familles dont le patrimoine ne dépasse pas le plafond de 150 000€, ce qui est assez rare à La Réunion vu la cherté du foncier. Ou elles pourront entrer dans le nouveau dispositif garantissant aux héritiers qu’ils n’auront rien à rembourser.

Le dispositif de l’Aspa, n’assurera de toute façon qu’un minimum : 1 034 € au plus pour une personne seule et 1 605 € au plus pour un couple. Ce qui reste en deçà du seuil de pauvreté fixé par l’Insee (1 216 € pour une personne seule et 2 554 € en 2022). 

Frédéric Maillot
Frédéric Maillot cite le cas d’une fratrie dont la mère ignorait que son bien serait saisi à son décès.

Le député Frédéric Maillot a lui aussi témoigné à la tribune que « les Réunionnais qui peuvent prétendre à cette allocation ont tranché, ils préfèrent garder leur maison. » Il a cité le cas d’une fratrie reçue à sa permanence du Chaudron : leur mère avait perçu l’Aspa sans comprendre que son bien serait saisi à son décès : « Nous subissons à La Réunion une crise du logement sans précédent avec 50 000 demandes non traitées. Alors n’enlevons pas un toit à ceux qui en ont un. Merci de ne pas corriger l’indignité par l’injustice », a-t-il déclaré.

Franck Cellier

Photos : Assemblée nationale

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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