KWAFÉ ZORDI !
5 ans après les faits, les responsables d’Amiante Ingénierie, en France et à La Réunion, ont été condamnés à des peines de prison ferme pour avoir mis en danger de mort les personnes exposées aux déchets d’amiante qu’ils étaient censés évacuer.
La stratégie de l’évitement utilisée par le responsable métropolitain des sociétés Amiante Ingénierie (AI) lui a permis de reporter pendant plus d’un an l’examen de ses responsabilités dans le stockage illégal d’une centaine de big-bags remplis d’amiante. Mais elle se retourne contre lui au moment du jugement.
Le tribunal de Saint-Pierre a en effet condamné le 28 avril dernier Grégory Vitrant, à 4 ans de prison dont 2 ans ferme et 50 000 € d’amende pour avoir abusé de ses clients réunionnais et surtout avoir mis en danger de mort ou d’infirmité les personnes exposées aux déchets amiantés que sa société était censée traiter. Il a fait appel. La DEAL avait relevé les manquements dans la gestion des déchets d’amiante en avril 2021.

Au lieu d’évacuer l’amiante dans une filière sécurisée, Amiante Ingénierie et sa filiale réunionnaise Amiante Ingénierie Réunion (AIR) mélangeaient les déchets d’amiante volatil très dangereux à l’amiante lié pour réduire les coûts de traitement. Elles stockaient les big-bags dans les locaux de leurs clients : la ville de Saint-Denis, le Régiment du service militaire adapté (RSMA) et surtout un bâtiment de la société Law-Waï à la Plaine Saint-Paul.
La responsabilité de l’État
C’est dans ce bâtiment mal sécurisé que Parallèle Sud avait découvert 110 big-bags, en face d’une boulangerie très fréquentée, en mars 2025. Cédric Estelle, le gérant de AIR a quant à lui été condamné à 3 ans de prison dont 1 an ferme et 50 000 € d’amende et 5 ans d’interdiction d’exercer dans le désamiantage. Les deux sociétés, AI et AIR, sont quant à elles condamnées conjointement à 200 000 € d’amendes dont 100 000 € avec sursis.
Les deux désamianteurs indélicats sont également condamnés à remettre le site de la Plaine Saint-Paul en état dans les six prochains mois. De sérieux doutes pèsent cependant sur l’application de cette peine.
C’est pour l’instant la société Law-Waï, victime dans cette affaire, qui a dû dépenser 170 000 € pour sécuriser le local où sont toujours entreposés les déchets dangereux. Sur 110 big-bags seulement une vingtaine proviennent de ses propres chantiers, le reste relève de chantiers d’autres clients. L’avocate, Me Brigitte Hoarau, a engagé une démarche pour les identifier afin de partager les frais et d’obtenir réparation à l’issue de la procédure civile.
Elle a aussi saisi le tribunal administratif pour que l’État prenne ses responsabilité et fasse disparaître cette menace sur la santé publique. L’amiante est la 2e cause d’accidents du travail des maladies professionnelles.
Franck Cellier

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