La SAS Eden Lodge, en partenariat avec le CSE de l’Afpar, veut construire un hôtel de luxe à la place de l’ancien camping de la Saline-les-Bains, sur une zone inondable. Ce qui soulève les contestations des riverains (+ de 900 signatures) et des associations SOS-DPM et Solidarité Recours Péi.
Encore un hôtel à la Saline-les-Bains, signe de l’attractivité de la zone balnéaire ? Un hôtel de trop selon de nombreux riverains… La société SAS Eden Lodge projette de construire un hôtel de plus de 120 chambres, « Le repaire des boucaniers », avec piscine et salle de sport à la place de l’ancien camping de l’Afpar, société publique locale en charge de la formation professionnelle des adultes.

Ce terrain d’1,7 hectare, couvert de filaos, fait face au stade de foot de l’écart saint-paulois. Il est laissé à l’abandon depuis 1998, année où le camping a dû fermer ses barrières car ses installations n’étaient pas conformes en matière d’hygiène et de sécurité, notamment à cause des risques de chute d’arbres.
Brigitte habite à une centaine de mètres de la parcelle. Début février, dès qu’elle a vu le panneau du permis de construire, elle a intenté un recours, d’abord gracieux, puis devant le tribunal administratif. Celui-ci a rendu sa décision le 31 mars dernier. « Le juge a rejeté mon recours au motif que je ne lui ai pas communiqué dans les temps le permis de construire, raconte la requérante déboutée. Mais c’est injuste, sous prétexte de période électorale, les services de la mairie ont tardé à me communiquer les pièces. Il y a eu des problèmes de transmission et je n’ai reçu les documents que le 8 avril. C’était trop tard ».
900 signatures sur 3 pétitions
La contestation, qui n’a donc pas pu être jugée sur le fond, n’est pas pour autant éteinte. Parallèlement à sa démarche judiciaire, Brigitte s’est démenée pour faire signer trois pétitions : deux sur internet (Greenvoice et mypetition) et une sur des feuilles libres. « J’ai fait le tour du quartier, j’ai sollicité les usagers du stade, je suis allée sur des événements. Dès que je dis aux gens qu’on va couper 120 arbres pour couler du béton à la place, ils signent tout de suite. J’ai recueilli plus de 900 signatures », lance-t-elle.

La semaine dernière, Christophe Barbarini, militant bien connu pour faire reconnaître l’urgence climatique aux institutions, l’a rejointe au nom de l’association Solidarité Recours Péi. Ils ont tous deux pris attache avec un avocat pour initier un nouveau recours. Brigitte craignait de devoir entreprendre un coûteux pourvoi en cassation mais il semble que le permis affiché soit encore attaquable, la hauteur de l’édifice ne figurant pas sur le panneau d’affichage. Or cette hauteur n’est pas anodine puisqu’elle culmine à 13 m (R+3), faisant du futur hôtel le plus haut bloc de béton du quartier.

De son côté, Dominique Gamel, de l’association SOS DPM (domaine public maritime), compte lui aussi s’opposer au projet. « Nous accompagnons tout groupe qui conteste une atteinte à l’environnement. Et c’est clairement le cas. Je ne comprends pas comment les promoteurs ont pu obtenir un permis de construire dans une zone inondable à l’aléa le plus élevé. En plus le camping avait une vocation sociale. Comment le CSE de l’Afpar, propriétaire du camping, a-t-il pu accepter de céder son bien pour y faire un hôtel de luxe ? »
Quel intérêt pour les salariés de l’Afpar ?
Frédéric Dijoux, directeur général de l’Afpar et président de son CSE, répond que le comité d’entreprise cherchait depuis longtemps un promoteur pour « donner une nouvelle vie » à son terrain. « La décision de travailler avec Patrick Hoarau de SAS Eden Lodge date de 3 ou 4 ans. L’idée, c’est que l’on puisse continuer à utiliser notre bien. Les 170 salariés de l’Afpar bénéficieront de tarifs préférentiels. Le futur hôtel pourra accueillir nos stagiaires des métiers du tourisme. Et à la fin du bail, l’Afpar récupérera les bâtiments ».

« Peut-être qu’ils veulent faire Ibiza à la Saline, mais pas nous. »
Brigitte, habitante du quartier.
Sollicités, les services municipaux n’ont pas donné suite. Mais, lors d’un précédent article de nos confrères de Zinfos974, le maire de Saint-Paul assurait la légalité de l’opération. Il expliquait qu’une modification du plan local d’urbanisme datant de 2012 avait rendu la parcelle constructible pour de l’hôtellerie (U2H).
Emmanuel Séraphin disait dans cet article craindre une disparition de l’offre hôtelière au profit des locations saisonnières. Ce n’est pas du tout le ressenti de Brigitte qui énumère les hôtels et restaurants environnants : « Lux, Nautile, Maison du lagon, Copacabana, Planch’Alizé, Ness by océan, L’univers, le Choka, l’Akoya, la Bodéga, le Vacoas… Quand vous ajoutez le AirBnB, c’est vraiment trop. Il vaudrait mieux réhabiliter les hôtels abandonnés comme le Maharani à Boucan ou les Palmes à Saint-Gilles. Ici, il n’y a plus aucune place pour se garer. Les rues sont saturées, insiste-t-elle. Peut-être qu’ils veulent faire Ibiza à la Saline, mais pas nous. Avec 121 ou 125 chambres, le futur hôtel sera le plus gros établissement de la zone, derrière le Lux et devant l’Akoya. »
Gare aux inondations
Elle ne cesse de lister sur Facebook les atteintes environnementales du projet. L’abattage des arbres fera fuir les paille-en-queue qui y trouvent refuge ainsi que tous les autres oiseaux dont le chant agrémente les oreilles des promeneurs, comme Jean-Luc, également signataire de la pétition. « À la place, nous devrons supporter le bruit des engins de chantier », regrette-t-il, fataliste.
Le projet questionne la ressource en eau de la zone balnéaire. Techniquement, la Créole, régie communautaire, émet un avis favorable pour assurer l’alimentation de l’hôtel (3 m³/h). Mais l’on entend resurgir le slogan : « Zoreyland », alimenté par l’eau du basculement de l’Est quand les Saint-Andréens doivent subir des coupures d’eau.

Le futur hôtel questionne également l’impact du réchauffement climatique que l’ombrage des arbres permet d’atténuer. Il questionne aussi l’équilibre du lagon, situé à 138 mètres et fragilisé par tout nouvel apport d’eau urbaine.
Brigitte relève surtout les risques d’inondation. La partie la plus proche du rivage de la parcelle est en rouge, signalant le risque le plus élevé. « Le terrain de l’Afpar recueillait les eaux lors des débordements. Les habitants de la rue des Mouettes ont même creusé un canal pour diriger les eaux vers la parcelle du camping. On peut craindre que les travaux se traduisent par des terrassements qui mettront fin à cet exutoire et que l’eau revienne chez les voisins. »
Les pièces du permis de construire répondent à cette crainte en affirmant que la dépression topographique de la parcelle sera préservée et qu’elle conservera son rôle d’exutoire, en tout cas pour les eaux s’écoulant sur le terrain. Reste à savoir ce qui se passera en cas de précipitations exceptionnelles…
Le promoteur Patrick Hoarau n’a pas répondu à nos sollicitations. Nous nous sommes appuyés sur les nombreuses pièces versées au permis de construire pour répondre à nos interrogations. Notons que ces pièces présentent des incohérences sur les surfaces, le programme et la compensation paysagère.
Franck Cellier

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