Région Mickael Sihou Soliha

[Soliha] Le directeur controversé demande à partir

LES « CADRES HISTORIQUES » EN GRÈVE DEPUIS DEUX MOIS ET DEMI

Après deux mois et demi de grève et d’accusations par une dizaine de « cadres historiques », Mickaël Sihou a fini par demander une rupture conventionnelle pour quitter son poste de directeur de Soliha. En attendant l’officialisation de ce départ, les contestataires maintiennent la pression.

Depuis le début de leur grève, le 25 avril dernier une dizaine de « cadres historiques » de Soliha; ex-Pact Réunion, demandent le départ du nouveau directeur, Mickaël Sihou, qu’ils accusent de favoritisme dans sa gouvernance. Mercredi, la nouvelle est tombée lors d’une énième réunion de conciliation à la Direction du travail. La présidente de l’association dédiée à l’amélioration de l’habitat insalubre, Viviane Payet Ben hamida, a annoncé avoir reçu, ce lundi 4 juillet une lettre de Mickaël Sihou dans laquelle il demande une rupture conventionnelle. Le site Zinfos974 a été le premier à rapporter la nouvelle, suscitant une vingtaine de commentaires plus ou moins rageurs contre les copinages politiques.

Les grévistes derrière Clara Derfla à la sortie de la direction du travail. (Photo : UR974)
Les grévistes derrière Clara Derfla à la sortie de la direction du travail. (Photo : UR974)

Rappelons que deux plaintes ont été déposées : une en 2020 par l’Union régionale 974, qui soutient les grévistes, et une autre en 2022 émanant d’un groupe de salariés. A chaque fois les plaignants dénoncent du favoritisme en faveur de prestataires réputés proche des preneurs de décisions ou de recrutements de complaisance au sein de Soliha. Le parquet a décidé d’ouvrir une enquête.

Mickaël Sihou, conseiller régional originaire de Saint-André était colistier d’Ericka Bareigts au premier tour de la dernière élection régionale, puis d’Huguette Bello au second tour. Il a été désigné président de Nexa, l’Agence régionale de développement, d’investissement et innovation. 

Les maires ont-ils fait pression ?

Les grévistes lui reprochent d’avoir privilégié les chantiers d’amélioration de l’habitat de sa zone élective (Saint-André) en montrant que l’Est était sur-représenté dans le bilan de 2021. Accompagnés de la secrétaire générale d’UR974, Clara Derfla, ils ont fait le tour des municipalités où les maires entendent le mécontentement de familles éligibles à une amélioration de l’habitat. Leurs dossiers n’avancent pas du fait des difficultés que traverse Soliha. Ils leur ont exposé, documents à l’appui, leurs accusations.

En particulier ils ont obtenu les statuts d’une dizaine d’associations « supports civils de gestion » de loges de « Francs créoles » où apparaît tout un réseau d’entrepreneurs, d’avocats, de chargés d’opérations partageant les mêmes activités « culturelles et philosophiques » que Mickaël Sihou. Cette opération de communication a-t-elle incité les élus consultés à faire pression sur Soliha et le Département qui est son principal financeur ?

C’est ce que pensent les grévistes mais ce que dément Viviane Payet Ben Hamida : « Je n’ai reçu aucune pression des élus, assure-t-elle. M. Sihou dit demander une rupture conventionnelle pour préserver le bien commun. Je sais qu’humainement, il était difficile pour lui de continuer à travailler dans un tel contexte et c’est pourquoi j’ai accepté sa demande ». Le principal intéressé évoque quant à lui « une décision responsable et solidaire » laissant le soin à sa présidente de communiquer à ce sujet.

« Nous voulons savoir quand il part »

Interrogé il y a deux semaines, il avait réfuté tout favoritisme de sa part et déploré que le combat syndical déborde sur sa « vie privée » : « Il y a des réseaux partout, je ne suis pas le seul à oeuvrer dans des associations caritatives et philanthropiques ».

grève à Soliha ex pact Réunion avec UR974 avec Clara Derfla, Nicole Hoareau
Deux mois et demi de grève, un record.

C’est évidemment ce contexte très particulier qui explique l’exceptionnelle durée de cette grève. « On ne demande pas 50 €, on se bat pour des valeurs, insiste Clara Derfla. Nous demandons de l’éthique et des garde-fous. C’est pour cela que nous ne pouvons pas signer un protocole sur une simple annonce. Nous voulons déjà savoir quand il part ».

Viviane Payet Ben Hamida, qui espérait que la grève s’arrête avec le départ de Mickaël Sihou, ne comprend pas l’insistance des grévistes : « Ils n’ont pas voulu discuter du protocole d’accord or il est hors de question d’y intégrer des clauses portant sur des cas individuels ». Quant à la concrétisation du départ de son directeur, elle n’est pas en mesure de donner un délai. Le second point d’achoppement porte sur le recrutement d’un directeur provisoire. En interne ou en externe ? Qui pourrait prendre les commandes d’une structure dans un tel contexte ? Autant de questions qui rendent les grévistes encore plus méfiants quant à l’installation d’une nouvelle gouvernance.

Franck Cellier

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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