[Sports] Fabien Thazar défie la vague et le monde 

Fabien Thazar bodyboard surf futur champion du monde (?)

LE BODYBOARDER VEUT ÊTRE LE PROCHAIN CHAMPION DU MONDE

Obstacles, embûches ou difficultés, Fabien Thazar se fait un devoir de les surmonter. Le spécialiste du bodyboard a décidé de devenir champion du monde, et rien ne l’arrêtera. 

Divorce des parents, mauvaises fréquentations, tentations, substances toxiques… puis crainte des requins, perte de proches, peur de l’inconnu… autant d’obstacles franchis avec succès par Fabien Thazar, jeune bodyboardeur en route pour le championnat du monde.

A 29 ans, Tithaz de son petit nom gâté vise le titre suprême. Avec de réelles chances de succès. Mais, avant d’en arriver là, il a dû prendre sur lui et surmonter les difficultés. « Je veux qu’on sache que, même pour un petit créole de La Réunion, tout est possible quand on s’en donne les moyens », lâche-t-il.

Le début de sa carrière sportive, c’est à Dos-d’Ane à La Possession, en bicross, qu’il l’entreprend. Avec déjà une solide envie de surpasser les copains. Mais, un dimanche à la plage, dans le lagon de l’Ermitage, va déterminer sa future carrière. « J’avais 10 ans, je jouais sur le bord, dans le lagon, et j’ai pris ma première vague, petite il est vrai, mais la sensation a été incroyable », se souvient l’athlète de haut niveau.

A 11 ans, Fabien Thazar part habiter au Port. Il a déjà un tatouage dans le dos, et se laisse aller à l’alcool, au zamal, à faire quelques bêtises. Jusqu’à ses 16 ans quand sa famille part habiter à Boucan. 

A cette époque, il avait quitté le club de bicross pour celui de surf. Il aurait dû rejoindre le pôle espoir mais, scolarisé au Port, ce n’était pas possible. Pour autant, il faut croire que le gamin est doué, il finit quatrième des championnats de France en finale junior espoir bodyboard. Puis troisième des 16-17 ans. En 2017, il est champion de France.

« J’ai arrêté pendant six mois »

Il est alors entraîné par Mathieu Schiller, celui qui aura un accident mortel sur la droite de Boucan, à quelques mètres du bord. L’attaque de trop qui déclenchera la crise requin. « Du coup, j’ai pris peur. J’ai arrêté le surf pendant six mois », raconte-t-il. Fabien Thazar en profite pour voyager, et se rend aux Canaries voir son copain Amaury Lavernhe. Il y reste dix-huit mois, reprend confiance, et devient vigie requin avec le club de surf de Saint-Leu à son retour sur l’île. « J’ai compris que c’était une opportunité pour le surf qu’il fallait sauver à La Réunion. J’ai aussi arrêté la boisson et la fumette, je me suis senti rapidement beaucoup mieux », assure le bodyboarder. 

Fabien Thazar bodyboard surf futur champion du monde (?)
Fabien Thazar est aussi à l’aise en prone qu’en drop knee. (Photo IBC)

Jusqu’à l’attaque d’Alexandre Rassiga à Trois-Bassins, deux heures après que les vigies se soient retirées à cause d’une eau trouble. A partir de là, la ligue reprendra le système des vigies, d’abord pour le pôle espoir, mais qu’il devra quitter après s’être fait frapper sur son lieu de travail. Pour autant, le jeune homme poursuit sa quête d’harmonie avec l’océan. Il n’utilise pas les systèmes de protection individuelle comme les Shark shield et préfère se fier à son instinct. « Je me base sur mon ressenti, sur l’eau claire, le soleil. J’ai peur de trop faire confiance à l’appareil et de ne plus m’écouter si je m’équipe. Une fois j’ai renoncé à me mettre à l’eau à Saint-Leu, Rodolphe se faisait attaquer deux heures plus tard. »

Rien au hasard

Aujourd’hui, le surfeur se consacre à la compétition et à l’entraînement. Il est parti le jeudi 1er septembre  pour le Portugal, puis ce sera l’ETB (European Tour of Bodyboard) aux Canaries, le Fronton King dans le même archipel avant les championnats de France à Biarritz. En 2023, Fabien Thazar compte faire le tour professionnel complet, avec le rêve réaliste de terminer premier et d’être champion du monde. 

Fabien Thazar bodyboard surf futur champion du monde (?)
Fabien Thazar, futur champion du monde ? (Photo PhN)

Pour cela, il travaille le mental, le physique, la diététique, il ne laisse rien au hasard. Plus de viande depuis dix ans, pas d’alcool, pas de drogue, pas de sucre (même pas une pâtisserie de temps à autre), pas de médicaments, pas d’aliments industriels, mais beaucoup de spiruline, la diète est sévère. Côté physique, c’est surf tous les jours où c’est possible, puis renforcement musculaire, vélo, course… « J’ai l’esprit de compétition. Je veux prouver qu’un petit Réunionnais comme moi peut y arriver. Je suis motivé par mes racines, fier d’être créole », affirme-t-il.

L’expérience du bicross, sa jeunesse portoise, sont aussi pour lui à l’origine de son envie perpétuelle de se surpasser.  « Même pour appeler d’éventuels sponsors, je dois oublier ma timidité et mon bégaiement et prendre sur moi ; ça aussi ça fait partie du boulot et joue sur ma confiance en moi. Une confiance indispensable sur la vague comme dans la vie de tous les jours.» Et, avant chaque compétition, Tithaz écoute la voix de sa femme enregistrée, des paroles qui l’apaisent et lui permettent de « visualiser la série, mon adversaire, la victoire ».

La quête des sponsors

Les sponsors, c’est l’élément clé sans lequel rien n’est possible. Fabien Thazar compte sur un surf shop de l’Ermitage, sur une marque émergeante locale de T-shirts, sur un producteur de spiruline. Mais rien jusqu’ici qui permette de payer les billets d’avion. « Je pouvais prétendre au statut d’athlète de haut niveau mais, malheureusement, il est réservé depuis cette année aux disciplines olympiques. J’attends une réponse de la Région pour voir si un arrangement est possible », explique-t-il. En attendant, il fait confiance en sa bonne étoile. Comme pour aller au Chili, où toutes ses économies ont été dépensées dans le voyage. « Pour me loger et manger sur place, j’ai fait confiance à la vie. C’est aussi une expérience qui m’a appris que j’étais capable de me débrouiller. Et, au final, j’ai gagné en price money le montant du billet d’avion. »

Fabien Thazar bodyboard surf futur champion du monde (?)
Le bodyboarder pro (ici aux Maldives) est titulaire d’un diplôme international qui ne lui permet pas d’enseigner en France. (Photo IBC)

De la crise requin, il regrette que les jeunes se soient tournés vers d’autres activités. « Le surf, et notamment le bodyboard, ça marchait bien auprès des jeunes du Port. L’adrénaline, la sensation de liberté, c’était pour nous un bon dérivatif à la délinquance, et certains y ont trouvé un débouché professionnel. » Fabien, pour sa part, surfe avec des lunettes de piscine. « J’ai mon propre protocole inspiré des vigies requin! » Jusqu’à présent, aucun squale n’a croisé sa route.

Philippe Nanpon

A propos de l'auteur

Philippe Nanpon

Déménageur, béqueur d'clé dans le bâtiment, chauffeur de presse, pompiste, clown publicitaire à roller, après avoir suivi des études d’agriculture, puis journaliste depuis un tiers de siècle, Philippe Nanpon est également épris de culture, d’écologie et de bonne humeur. Il a rejoint l’équipe de Parallèle Sud pour partager à la fois son regard sur La Réunion et son engagement pour une société plus juste et équitable.

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