Alors que les nappes souterraines atteignent des niveaux critiques dans l’Ouest, 13 communes se trouvent désormais en état d’alerte. Les prélèvements agricoles en eau sont réduits et la Chambre de l’agriculture relève de premières pertes agricoles.
« On a une saison des pluies en déficit de 45 % entre la saison d’avril 2025 et avril 2026 » relève Mathieu Quittet, chef de l’Observatoire de la Ressource en Eau et de la Biodiversité Aquatique à l’Office de l’eau. Cela entraîne une baisse du niveau des cours d’eau et des nappes souterraines, essentielles pour l’approvisionnement en eau de l’île. Bien qu’il remarque un bilan similaire en 2015 et 2018, « cette saison se classe au deuxième rang des saisons les plus sèches enregistrées à la Réunion ».
Depuis le lundi 18 mai, 13 communes de La Réunion sont placées en niveau d’alerte. Cela concerne Saint-Leu, Saint-Paul, Trois-Bassins, le Tampon, Petite-île, Saint-Joseph, Saint-Pierre, Bras-Panon, Saint-André, Saint-Benoît, la Plaine des Palmistes, Saint-Denis et Sainte-Suzanne. L’alerte est renforcée au Port et à La Possession.
Une situation préoccupante
« Les températures sont plus élevées que la norme, de l’ordre de 1 à 2 degrés supplémentaires. Nous sommes dans une période de croissance végétative importante, mais il n’y a pas d’eau », alarme Gilbert Rossolin, responsable des productions végétales à la Chambre de l’agriculture de La Réunion : « Je travaille à la Chambre depuis 33 ans, je n’ai jamais vu un phénomène aussi précoce. »
Ce manque d’eau est fort en conséquence, au sortir d’une saison des pluies. « Habituellement, les ressources en eau sont plus confortables, il ne devrait pas y avoir de soucis pour affronter la saison, pas aussi tôt. Mais actuellement, on subit déjà les conséquences de la sécheresse », enchaîne Gilbert Rossolin.
Baisse de la production maraîchère
Cela se remarque dans les Hauts, notamment à Cilaos où « certains producteurs sont contraints d’arrêter leur production en raison du manque d’eau », relève le cadre de la Chambre d’agriculture. Pour l’instant, ils sont peu nombreux, mais ils pourraient se multiplier si la sécheresse persistait.
Marion Meyer est agricultrice à Cilaos. Elle explique : « Je n’ai pas planté de lentilles cette année. Sa production demande beaucoup d’eau et même si on a pas encore eu de coupures, je ne veux pas prendre le risque de perdre mes semences ». Cette productrice était encore maraîchère il y a quatre ans. Mais face au manque d’eau disponible pour irriguer, elle a revu ses productions. « Je fais du bio, les semences sont très précieuses. Si je plante tout maintenant, mais que je manque d’eau, je n’aurai plus rien pour l’année prochaine. J’ai choisi depuis quelques années de faire des plantes aromatiques, c’est plus resistant à la sécheresse ».

Ce manque d’eau relance la question de la souveraineté alimentaire et fait craindre une nouvelle baisse du pouvoir d’achat. « La sécheresse a un impact sur le volume de production commerciale, ce qui entraîne une augmentation des prix de vente. Ces dernières semaines, on a pu observer une augmentation du prix au kilo des tomates et des poivrons » indique-t-il. Cependant, il précise qu’il est encore « impossible d’estimer si les pertes agricoles vont être importantes ».
Comment répartir l’eau
Face à cette situation, il est nécessaire de prioriser les usages de l’eau. Le responsable des productions végétales explique : « Il n’y a pas de hiérarchie établie entre les types de production. Cependant, on priorise les usages, le domestique étant le prioritaire ».
Cette priorisation a des limites, car les réseaux sont interconnectés ce qui empêche des coupures sélectives. Depuis le lundi 18 mai, les prélèvements agricoles sont réduits. Cela signifie que l’arrosage par aspersion est interdit de 8 h à 18 h. Mais il est difficile en réalité de contrôler le respect de ces réglementations sur les larges étendues que représentent les plantations.
Revoir le choix des cultures
À La Réunion, les plantations gourmandes en eau sont nombreuses : canne à sucre, banane, avocat… Et pour cause, la forte pluviométrie irrigation de l’Est et le climat tropical sont favorables au maraîchage. Mais que faire lorsque des bananeraies, nécessitant une forte irrigation, sont plantées dans l’Ouest de l’île, partie la plus sèche, notamment près de Saint-Leu ?
Gilbert Rossolin tient tout de même à « relativiser l’impact de la canne à sucre ». « La moitié de La Réunion est largement irriguée. Les pluies régulières couvrent en grande partie les besoins en eau de la canne à sucre. Durant la période sèche, les besoins sont moins importants ».
« C’est long et difficile de faire changer les habitudes des producteurs »
« Nous n’intervenons pas sur le choix des plantations. Certains ont fait ce choix, même si ce n’est pas recommandé », justifie le conseiller agricole. « Les boutures de bananes demandent beaucoup d’eau, notamment dans des secteurs qui ne sont pas toujours fortement arrosée » ajoute-t-il. Impossible cependant pour la Chambre de l’agriculture d’attribuer plus ou moins d’eau à une plantation plutôt qu’à une autre.
« On essaye de passer des messages en mettant en place des systèmes économes comme le goutte-à-goutte plutôt que l’aspersion » explique-t-il. « L’aspersion est encore le système majoritaire utilisé dans le secteur de la canne à sucre. Il faudrait transformer tout le système d’irrigation, ce sont de gros investissements » souligne-t-il.
La perspective d’un véritable bouleversement des pratiques à la hauteur du dérèglement climatique n’est pas à espérer. « Il faudra du temps avant que tout le monde adopte ce changement. C’est long et difficile de changer les habitudes des producteurs », regrette Gilbert Rossolin.
Ambre Padiolleau

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