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Les secrets de Bethléem !

Lors du dernier ronkèr de Parallèle Sud, l’association Somin Sarèt nous a demandé de collaborer pour mettre en lumière l’histoire de lieux emblématiques de l’Est de l’île à travers une série d’articles. Bethléem, un lieu empreint de mystère, se niche entre le murmure des arbres centenaires et le chuchotement de la rivière. Ses secrets, je vous les dévoilerai en explorant les fissures du temps. Avant cela, un bref historique, déjà largement documenté, s’impose.

Au XVIIIᵉ siècle, des familles entières, fuyant la menace des pirates, trouvent refuge dans ce havre de verdure de l’île Bourbon. L’îlet, comme on l’appelait, voit alors le jour, non pas d’un plan précis, mais plutôt d’un instinct de survie.

Profondément touchée par la misère de cette population, Amélina Pignolet de Fresne, femme et cousine du gouverneur Hubert-Delisle, se consacre à la charité. En 1855, elle fonde sur l’îlet un ouvroir où des jeunes filles, sous la tutelle de religieuses des Filles de Marie, apprennent les valeurs chrétiennes tout en étant initiées aux travaux manuels tels que la couture, la cuisine et le jardinage. Une chapelle est également érigée, dédiée aujourd’hui à Notre Dame de Fatima.

Llithographie de A. Roussin extrait de l’Album de La Réunion 1879

Maintenant, je vous emmène explorer les fissures du temps. L’une d’elles nous propulse plusieurs centaines de milliers d’années en arrière, à l’époque où le volcanisme façonnait notre île. Là où la rivière des Marsouins creuse patiemment la roche, affleurent des dunites, témoins silencieux venus du fond des âges. Sentinelle des profondeurs, c’est une roche parsemée d’olivine, un message codé, sorti des entrailles de la Terre, remonté à la surface après des millénaires. Sa présence à Bethléem soulève une question intrigante : une chambre magmatique existait-elle autrefois sous la rivière des Marsouins ?

Si l’histoire de la canne à sucre et de son industrie est bien documentée, une autre histoire se cache dans les interstices du temps : celle de ses canaux qui alimentaient les sucreries en eau. Au début du XIXᵉ siècle, deux canaux ont leur prise d’eau, légèrement en aval de Bethléem. Les bâtisseurs maîtrisaient parfaitement la construction en pierres sèches et possédaient une solide connaissance de la maîtrise de l’eau.

Le canal de Beaulieu, en rive gauche, serpentait sur environ 3,3 km et descendait de 10 mètres entre sa prise d’eau et l’usine, soit une pente très douce de 0,3 %.

Le canal de Beaufonds, en rive droite, parcourait 4,2 km. Au milieu de son parcours, il alimentait une centrale électrique, « l’Eau tombée », dont la production éclairait une partie de Saint-Benoît.

Alors que les habitants de Saint-Benoît ont attendu 1815 pour traverser la rivière des Marsouins sur un pont, un siècle plus tard, les autorités envisagent de construire une passerelle au bout de Bethléem. Nous avons exhumé un plan conservé aux archives départementales sous la cote ADR 155S2. Ce pont suspendu a bien été construit, mais il a disparu dans des brèches temporelles. Nous avons retrouvé les deux piles, dissimulées sous la végétation. Elles semblaient attendre patiemment les curieux que nous sommes.

La légende raconte que cet ouvrage a eu une existence très brève. Un des propriétaires du terrain où se trouvait l’une des piles était excédé par le passage incessant des piétons. Il aurait alors limé un des câbles de suspension, provoquant l’effondrement du tablier, qui a ensuite été emporté par le courant, assez puissant à cet endroit.

Ce pont disparu nous ramène au présent, là où l’histoire rejoint la nature. Bethléem, aujourd’hui, se révèle comme un havre de mémoire et de verdure, où chaque pierre et chaque sentier chuchotent une page oubliée de son histoire. Je vous invite à vous y perdre, vous y découvrirez bien plus que ce que vous aviez imaginé.

Reconstitution d’après l’original

Lors des Journées européennes du patrimoine, nous partagerons d’autres histoires fascinantes, comme l’utilisation inattendue de la noix de Bancoul. Mais avant cela, rejoignez-nous à Saint-Benoît, entre le 10 juin et le 16 août. Bien chaussés, vous trouverez un objectif à votre escapade.

Restez connectés sur Parallèle Sud, je vous en dirai plus 1er juin. Et rejoignez-nous sur notre page Facebook pour découvrir notre court métrage « Une passerelle à Bethléem ! », dans lequel vous trouverez des indices sur la surprise que nous préparons.

Marc Munich, président de Somin Sarèt

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A propos de l'auteur

Somin Sarèt

Somin Sarèt a pour but de contribuer à la connaissance archéologique, culturelle et naturaliste du territoire de La Réunion, en particulier Saint-Benoît et de partager et diffuser ses découvertes, notamment par le biais de randonnées et de conférences.

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