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De l’usine de Bois-rouge jusqu’au quartier Fayard: récit du jour 2 du cyclo-journalisme

Il est 8 heures. Nous nous réveillons tout doucement chez Dominique et Jean-Marc, adhérents de Parallèle Sud et fervents soutiens du média depuis ses débuts. C’est à Bras-Chevrette, à Saint-André, que nous étions arrivés la veille, après avoir grimpé les quelques kilomètres qui le séparent du centre-ville. Ce matin, tout est calme, mais lorsque nous regardons par la fenêtre, c’est la pluie qui nous refroidit. Il faudra attendre que l’averse passe et que la fenêtre météo se présente.

Nous enfourchons nos vélos et partons en direction de l’usine de Bois-Rouge. Personne ne nous y attend, mais c’est le premier jour de la coupe de la canne, alors on tente le coup. Peut-être qu’un responsable acceptera de nous répondre.

Les petits lacets goudronnés nous font entrer progressivement dans l’ambiance de la canne. D’abord les champs, puis, petit à petit, le centre-ville, le temple de Petit-Bazar, les petites impasses et leurs chiens joueurs. Première petite frayeur quand l’un d’eux nous course. Ouf, c’était pour jouer, pas pour nous mordre les mollets.

Premier jour de la coupe canne et une « ambiance positive »

Ça y est, l’usine se profile. Myris nous y attend. On pose les vélos, et notre travail commence : d’abord se présenter au secrétariat, puis se rendre de bâtiment en bâtiment jusqu’à trouver Florent Thibault, le directeur agricole de Tereos Océan Indien et représentant de l’interprofession pour les industriels. Ce matin, « l’ambiance est positive ». Et il a de quoi comparer, car il s’agit de sa 19ᵉ campagne sucrière, lui qui est arrivé en 2007. « L’année dernière était catastrophique en termes de tonnage, notamment à cause du cyclone Garance. On a terminé à 530 000 tonnes, quand cette année, on devrait atteindre les 700 000. » En 2026, les conditions climatiques étaient bonnes, explique-t-il, avec en fond le défilé des cachalots et des tracteurs. Nous avons le droit d’entrer sur le site, armés de nos casques et gilets de chantier. De quoi filmer le ballet des transporteurs vers l’impressionnant tas de cannes et les grandes roues destructrices. (À retrouver bientôt sur Parallèle Sud.)

Premier jour de la coupe canne 2026 à l’usine de Bois-Rouge de Saint-André
Interview de Florent Thibault, directeur agricole de Tereos Océan Indien

Jean Sevingué et son jus de canne

Nous sortons de l’usine et roulons vers le centre-ville. Les membres de l’association des femmes mahoraises du quartier Fayard nous attendent à 14 heures pour une interview. Le temps d’aller jeter un œil à la balance de cannes, entre-temps. C’est là que l’aventure prend tout son sens. Car nous rencontrons naturellement Jean Sevingué, dans son petit snack longeant la route qui mène à Salazie. Premier voisin de la balance, il transforme la canne en jus depuis une dizaine d’années. Un verre du liquide sucré vaut 1,50 euro, et des alternatives à la betterave, à la carotte ou au citron-gingembre reposent dans le frigo du « Jardin Créole ».

Et justement, c’est ça qui est intéressant avec le cyclo-journalisme. Naturellement, notre sujet nous a portés vers cette rencontre et nous a permis de faire le lien entre l’un des gros industriels, Tereos, et le petit vendeur de jus qui, tous deux, vivent de la même matière, de la même production, mais à deux échelles bien différentes. Quoi qu’il en soit, il faut tout de même 100 kg de cannes à Jean Sevingué pour vendre ses jus chaque semaine, soit environ 5 tonnes par an. Il nous montre le procédé de sa production, et son petit secret, le filtrage du breuvage qui en fait « le meilleur de tout l’est » selon lui.

Rencontre avec les Mahoraises de Fayard

La petite pause de midi nous donne l’énergie nécessaire pour nous rendre jusqu’à Fayard. C’est marrant, parce que depuis ce matin, l’annonce de notre programme fait dire à celles et ceux que l’on rencontre : « Faites attention à Fayard ! » L’image de ce quartier lui colle à la peau, comme un chewing-gum sous la chaussure. Alors on enfourche nos vélos et on va voir par nous-mêmes. Car pour nous trois, c’est la première fois que nous rentrons dans le quartier. Alors, verdict ? Rien à signaler. Enfin si. Des rues avec des arbres, un petit parc qui semble être le cœur du quartier, un arrêt de bus où l’on nous dit bonjour en souriant. Impossible, évidemment, de décrire la réalité d’un quartier en n’y restant qu’une heure ou deux et en ne se promenant que dans quelques ruelles, mais quand même. Cela suffit à changer l’image que l’on en donne à la une de tous les journaux lorsqu’un fait de violence surgit.

Sous le kiosque du parc de Fayard, Moina Madi nous a donné rendez-vous. Fondatrice de l’association Mawa Rose, celle-ci rassemble aujourd’hui 70 femmes mahoraises. Randonnées, mariages, danses, actions culturelles, vivre-ensemble : l’association tient à rassembler la communauté mahoraise à La Réunion. « Il faut venir nous voir, voir ce que l’on fait, voir notre culture. » Hier, nous avons rencontré Joé Bédier, qui nous a fait part de son inquiétude pour les jeunes les plus isolés du quartier Fayard. Alors nous leur posons la question. Qu’en pensent-elles ? Que peuvent-elles faire ? « On est là pour les jeunes. Pour les accueillir, pour leur proposer des activités. On a plein de solutions. » Une présence. Parfois, ça commence déjà par là.

Association des femmes mahoraises de Fayard, chantant le M’biwi

Alors, c’est en chanson et en danse que se clôture notre deuxième jour de ce périple, qui nous a menés de Bras-Chevrette jusqu’à Fayard, à la force de nos jambes. Les femmes chantent et dansent le M’Biwi, et nous repartons pleins de souvenirs et de sujets à vous partager dans les prochains jours.

Sarah Cortier

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A propos de l'auteur

Sarah Cortier

Journaliste issue d’une formation de sciences politiques appliquées à la transition écologique, Sarah est persuadée que le journalisme est un moyen de créer de nouveaux récits. Elle a rejoint l'équipe de Parallèle Sud pour participer à ce travail journalistique engagé et porter de nouveaux regards sur le monde.

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