Infiltrations, humidité, termites, rats, installations électriques dangereuses… À Bois d’Olive, plusieurs familles vivent dans des logements fortement dégradés, faute de pouvoir accéder à un logement plus adapté. Malgré les signalements à la Caf, les démarches pour obtenir un logement social et l’intervention d’élus, les situations évoluent peu.
Les oubliées de Bois d’Olive
« Je vais t’emmener voir les oubliés de Bois d’Olive ». Voilà les mots de Fatima Lauret, travailleuse sociale et habitante de ce quartier de Saint-Pierre, alors que nous nous dirigeons vers la maison d’Anziza pour constater l’état de son habitation. Arrivés à proximité, plusieurs cases sont abandonnées, on distingue à peine les murs.
Anziza, locataire, nous fait rentrer pour nous faire voir l’état de la maison. Dans la première chambre, on voit des morceaux du plafond qui se détachent et menacent de tomber. En dessous, un homme dort malgré tout. Dans la chambre suivante, celle des enfants, les murs sont tâchés d’humidité. Même constat dans la chambre parentale.
Vivre avec l’humidité, les rats et les termites
Sur les lits, des traces du passage des termites, qui ont infesté la maison. Anziza raconte que les jours de fortes pluies, l’eau rentre dans la maison, que ce soit par le toit mais aussi directement par la porte. Certains animaux comme les rats viennent parfois se réfugier, se frayant un passage à travers les trous dans le mur sous la baignoire.
Dans la cuisine, la structure en métal qui supporte l’évier est tellement rouillée qu’elle a presque disparu. Anziza s’est même coupée à plusieurs reprises sur les morceaux de métal qui finissent par se casser et devenir saillants.
Si la famille habite ici depuis quatre ans, l’insalubrité du logement impacte aujourd’hui fortement les enfants, dont Salima* et Nathan* qui sont au lycée et au collège. Salima évite de dire où elle habite à ses amies et n’invite que celles qui lui sont proches par honte de montrer l’état de la maison. Nathan raconte les nuits où il n’arrive pas à dormir à cause des cafards et où il doit se réfugier auprès de sa mère.
Des logements dangereux, des loyers bien réels
Un peu plus haut dans le quartier, chez Nafida*, le décor est le même. Les murs sont délabrés, on voit les infiltrations d’eau et certains murs portent des traces d’humidité évidentes. Ce qui frappe le plus, c’est l’ensemble des câbles qui courent à travers la maison. La case de Nafida et celle de la famille voisine appartiennent toutes les deux au même propriétaire.
Celui-ci ne dispose par contre que d’un seul compteur électrique. Nafida doit donc se brancher au compteur principal à l’aide de multiprises. Il y en a partout dans la maison. Jusque dans la cuisine où une multiprise est suspendue dans les airs à seulement un mètre de la gazinière. « Je suis consciente du danger que cela représente, mais on n’a pas d’autre solution pour pouvoir s’alimenter en électricité ».
Quand la facture est reçue par le propriétaire, celui-ci lui demande de régler un tiers, sans plus de calcul que cela. Pourtant, vu de l’extérieur, l’habitation principale semble faire deux fois la taille de la case de Nafida et sa famille. Cette somme vient s’ajouter aux 650 euros mensuels qu’elle doit régler, facture à l’appui pour la location. Du côté d’Anziza, le loyer s’élève jusqu’à 800 euros sans l’aide des APL.
Car dans les deux situations, malgré l’insalubrité des logements, les familles continuent de payer. À chaque fois, la Caf, qui gère les dossiers de demandes d’APL, a été alertée. Dans son dernier rapport sur le mal logement, la Fondation pour les défavorisés recensait plus de 800 signalements auprès de la Caf en 2023 et plus de 500 en juillet 2024.
Le logement social comme seul espoir
Concernant le cas d’Anziza, la Caf a stoppé les versements des APL et elle ne paye plus aujourd’hui que le reliquat de loyer. Son propriétaire, qui a hérité de la maison, se défend de ne pas pouvoir réaliser de travaux faute de revenus financiers suffisants. L’élu de quartier a été alerté et est même venu constater lui-même la situation, mais rien ne bouge.
Nafida, a également alerté la Caf, mais rien n’a évolué concernant sa situation. Habitant juste à côté de son propriétaire, elle dit « accepter sa situation, ayant peur d’être expulsée si jamais elle se plaignait publiquement ». Lorsque nous la quittons, elle nous explique que même son courrier est reçu chez son propriétaire, celui-ci étant donc maître de ce qu’elle peut ou non recevoir.
Les parcours des deux familles partagent des similitudes. Originaires de Mayotte, elles sont arrivées il y a plusieurs années avec leurs enfants et ont été d’abord hébergées chez des amis. Lorsqu’il a fallu trouver un logement, elles ont chacune été obligées d’accepter des solutions précaires, espérant trouver mieux rapidement.
Lutter contre l’habitat indigne, mais avec quels moyens ?
Les deux familles ont déposé des dossiers de logement social auxquels elles sont éligibles comme près de 64 % de la population globale dans les territoires d’outre-mer. Mais face à la crise du marché des logements sociaux, qui risque de ne pas s’arranger avec une baisse de 66 % de la LBU (ligne budgétaire unique), leurs dossiers, qu’elles mettent à jour chaque année, n’ont que peu de chances d’aboutir.
Pourtant, depuis 2023, la lutte contre l’habitat indigne et ceux qui en font le commerce est « l’une des priorités d’actions nationales des pouvoirs publics » selon un communiqué de la préfecture de La Réunion. Le nouveau plan de lutte signé le 14 septembre 2023 prévoyait plusieurs actions pour la résorption de l’habitat indigne avec la mise en place des maisons d’urgence intercommunales ou encore la mise en place d’une cellule de lutte contre les marchands de sommeil.
Les témoignages de Nafida et Anziza démontrent pourtant que sortir de l’habitat insalubre reste difficile si la politique du logement social n’est pas développée, car peu de familles osent aller porter plainte et même lorsque la Caf est alertée, que des élus se déplacent et que les dossiers sont déposés, les situations évoluent peu ou très lentement.
Olivier Ceccaldi
*Prénoms modifiés à la demande des personnes.












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