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À Saint-Pierre, les générations font front commun dans la rue

Près de 1 500 personnes selon nos estimations (2 000 selon les syndicats) ont défilé dans les rues de Saint-Pierre ce jeudi 5 novembre, à l’occasion de la journée nationale de grève. Entre jeunesse lycéenne mobilisée, syndicats de travailleurs et élus locaux, l’appel à la convergence des luttes a pris corps dans un cortège festif où se sont mêlées revendications sociales, défense des services publics et contestation du gouvernement.

Convergence des luttes. C’était le mot d’ordre de l’appel lancé par l’intersyndicale pour la journée de grève nationale du jeudi 5 novembre. Dans les rues de Saint-Pierre, c’est près de 1 500 personnes selon notre estimation qui se sont réunies (2 000 selon les syndicats). Au départ, sur le front de mer, l’ambiance est à la fête. L’Union syndicale lycéenne (USL) a fait installer un mur sono d’où s’écoule une musique techno. Tout autour, les syndicats du monde du travail sont en nombre, à la différence des mobilisations précédentes. 

Certains élus sont également présents : Patrice Lebreton pour Saint-Joseph, une élue de l’Entre-Deux et une dizaine d’élus du Tampon. Le maire, Alexis Chaussalet, figure de la France insoumise péi, n’a que peu de répit tant il semble interpellé. Le cortège s’élance comme à son habitude rue François de Mahy, traversant la braderie de Saint-Pierre et ses stands de rue. 

Une jeunesse en tête, les syndicats dans son sillage

Dans le cortège, les revendications semblent englober tous les maux de la décennie Macron : vie chère, essence en hausse, problèmes d’infrastructures dans les écoles et les hôpitaux. Un représentant de Force ouvrière harangue la foule, appelant « à faire plier ce gouvernement-là qui fait de la casse sociale » notamment sur « le pouvoir d’achat des jeunes et des moins jeunes ». 

La veille d’ailleurs, le gouvernement Macron a essuyé un sacré tollé sur le vote de la loi des finances avec un zéro pointé. Aucun député n’a voté pour le projet de loi tel qu’il avait été amendé. Chez les jeunes pourtant, le budget est présent dans les slogans et notamment les 10 milliards qui sont demandés pour réparer le service public de l’éducation nationale. Gabrielle Dugain, représentante de l’USL Réunion, refuse « les miettes de pain du gouvernement » et demande au gouvernement des sous pour la mise en place du plan proposé pour la refonte du système éducatif : réhabilitation du bâti scolaire, revalorisation des bourses. 

Une jeunesse très à gauche, qui scande à plusieurs reprises des messages de soutien à la France insoumise. Une jeunesse qui mène le cortège et qui fait fi de toute règle. Les syndicats, qui encadrent la manifestation, semblent jouer le rôle de grand frère. Ils donnent des conseils, des directives. Comme par exemple quand le cortège de tête, composé notamment de lycéens, marche sur les trottoirs. Ou encore, lorsqu’arrivés devant la sous-préfecture, un responsable syndical demande aux lycéens de ne pas mettre de pancartes sur les grilles de l’édifice étatique. Une pratique que l’on avait pourtant vue lors de la dernière marche lycéenne du mardi 6 octobre dernier. 

Des revendications communes qui redonnent du souffle à la mobilisation

Malgré tout, la convergence des générations et des revendications semble redonner du souffle à la mobilisation. Les jeunes dansent, chantent et semblent vouloir renverser l’ordre établi. Sur le côté, Michel*, travailleur dans le bâtiment, salue « cette jeunesse qui se mobilise » pour que les choses changent. « Nous, on a essayé à notre manière, mais aujourd’hui on doit travailler. À eux de prendre la relève », rajoute-t-il. Certains parents sont même venus manifester avec leurs enfants. C’est le cas d’Olivier, venu avec sa fille Djélys, lycéenne. 

Arrivés devant la sous-préfecture de Saint-Pierre, syndicats des travailleurs et syndicats étudiants et lycéens ont posé pour la photo montrant un front uni. Une délégation, composée de représentants de l’ensemble des syndicats présents, a également été reçue par le chef de cabinet du sous-préfet. Un entretien lors duquel les syndicats ont pu exposer leurs revendications. Gabrielle Dugain, présente lors du rendez-vous pour l’USL, a pointé deux points primordiaux : rappeler la nécessité de dégager la somme de 10 milliards pour le plan national d’urgence pour l’éducation nationale avec un fléchage budgétaire précis pour les territoires d’outre-mer ainsi que l’abrogation de Parcoursup, refusant les annonces faites ces dernières semaines par le gouvernement d’un possible aménagement du dispositif.

Loin de la tête du cortège, la mobilisation s’est poursuivie. Moins carrée, plus festive avec plusieurs orchestres qui donnent le rythme. La politique n’en reste pas moins présente à travers les pancartes avec par exemple un « Le RN tue » écrit en gros sur l’une d’elles. Il fait chaud et la mobilisation s’essouffle progressivement. Certains élus quittent le cortège qui se remet finalement en route vers le front de mer. Retour sous les Banians. Les lycéens ont organisé à l’abri des arbres une piste de danse et invité plusieurs DJs. Les baffles crachent toujours leur techno. L’heure est à la fête. Mais la lutte n’est-elle pas une fête perpétuelle ? 

Olivier Ceccaldi

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A propos de l'auteur

Olivier Ceccaldi

Photojournaliste et rédacteur, Olivier a tout d'abord privilégié la photographie comme support pour informer notamment sur les réalités des personnes exilées face à la politique migratoire de l'Union européenne. Installé sur l'île de La Réunion depuis 2024, il travaille principalement sur les questions de société et de l'héritage.

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