Vaches du plateau Kerval à Mafate

[Agriculture] Brève histoire de la leucose bovine réunionnaise

IMPORTATION DE VACHES

L’importation de bovins suspendue depuis 2008 s’apprête à reprendre. Petit retour en arrière. De la dernière importation en 2003 de génisses atteintes de l’IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine) à l’ouverture d’une nouvelle et toute récente information judiciaire. Menée par un juge d’instruction, elle est destinée à faire la lumière sur les responsabilités à l’origine de la vente de vaches malades de la leucose bovine à un éleveur entre 2014 et 2016.

« La leucose ne tue peut-être pas toujours la vache, mais elle tue l’éleveur », lâche un professionnel amer. La leucose est présente dans 90% des cheptels réunionnais. Le virus se transmet par le sang au bovin en contact avec un congénère malade. On aperçoit peu les effets sur les animaux, ce qui retarde la détection de la maladie. Le virus touche le système immunitaire, affaiblit l’animal et entraîne à terme le développement de tumeurs. La surmortalité constatée dans les élevages réunionnais, causée par différentes maladies, entraîne l’endettement des éleveurs.

Installée dans les cheptels réunionnais depuis les années 90, la leucose bovine enzootique est une maladie réglementée interdite en France, désormais indemne de leucose depuis 1999. L’interdiction dans l’hexagone est survenue après que certains pays voisins ont refusé d’acheter la viande française atteinte de la maladie. Pour les autorités, l’éradication de la leucose se justifie donc pour un motif économique. L’île – qui n’exporte pas de viande – dispose d’une dérogation à la législation nationale. Le vide sanitaire n’est pas requis et la maladie n’est pas éradiquée. Depuis 2008, un arrêté préfectoral interdit l’importation de bœufs.

Une exception réunionnaise

L’argument sanitaire pourtant est toujours mis de côté. Les autorités assurent qu’il n’y a aucune incidence pour l’homme qui viendrait à consommer la viande. Mais des études américaines et australiennes datant de 2015 et 2018 établissent un lien entre leucose chez la vache et cancer du sein et relancent le débat à la Réunion. Le scandale éclate, les consommateurs, inquiets, sont nombreux à se détourner de la viande péi.

Jusqu’en 2018, il n’y avait pas de problème de leucose bovine et la viande péi était synonyme de qualité. Mais l’éviction de deux éleveurs de la coopérative la Sica Lait accélère les choses. Les éleveurs en question n’ont plus rien à perdre. Ils osent dénoncer à voix haute la situation de la filière ainsi que les conséquences de la maladie dans leurs cheptels affaiblis. Des opérations médiatiques sont organisées : du lait déversé sur la chaussée, des cadavres de vaches devant les locaux de la Daaf… 

A leur demandes sont réalisés les premiers prélèvements sanguins. Une campagne est lancée pour permettre d’établir un diagnostic du territoire et d’identifier les bovins malades.

Assainissement des cheptels en quatre ans

Le président Macron annonce en octobre 2019 au cours d’une visite un assainissement des cheptels de l’ile en quatre ans. Il veut en finir avec « l’exception réunionnaise » à cette loi appliquée partout. Un plan est mis en place. Depuis, les services de l’Etat et les coopératives accélèrent le rythme.

En attendant, les éleveurs sont pris en étau, comme nous le racontions en 2021, avec l’obligation de sortir de l’élevage les animaux contaminés afin de respecter le nouvel arrêté préfectoral de 2020. Toute vente, tout déplacement ou volonté d’envoyer une vache à l’abattoir doit passer par la validation de la Daaf (Direction de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt).

L’interdiction de l’importation de vaches est levée pour tenter de trouver une issue à la crise. Avec une quantité de vaches moins touchées par la maladie, la Sica Revia (filière viande) s’est prononcée contre l’importation de nouvelles génisses provenant de France. La Sica Lait, quant à elle, n’a guère d’alternatives, avec un cheptel dont le taux de contaminées était déjà à 81% en 2019 et approcherait aujourd’hui les 100%.

La Sica Lait coupable d’avoir vendu des bœufs malades

Dans l’affaire de la leucose bovine, la Justice est saisie. En juin 2021, après 15 ans de combat judiciaire, l’ancien éleveur tamponnais Joseph Payet remporte définitivement son combat contre la Sica Lait avec un arrêt favorable de la Cour de Cassation. La coopérative est reconnue pour la première fois coupable d’avoir vendu des bœufs malades entraînant la contamination de tout son troupeau et sa ruine.

Une procédure administrative est en cours pour contester l’exclusion des deux éleveurs de la Plaine des Cafres. Dores et déjà, l’un d’eux, Jean-Paul Bègue a été relaxé pour la maltraitance dont l’accusait la Sica Lait. A la suite de quoi, une information judiciaire, placée sous l’égide d’un juge d’instruction, vient de s’ouvrir pour tenter de déterminer les responsabilités dans la vente à l’éleveur de vaches malades entre 2014 et 2016. La Sica Lait est sur les dents.

JSG

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A propos de l'auteur

Jéromine Santo Gammaire

En quête d’un journalisme plus humain et plus inspirant, Jéromine Santo-Gammaire décide en 2020 de créer un média indépendant, Parallèle Sud. Auparavant, elle a travaillé comme journaliste dans différentes publications en ligne puis pendant près de quatre ans au Quotidien de La Réunion. Elle entend désormais mettre en avant les actions de Réunionnais pour un monde résilient, respectueux de tous les écosystèmes. Elle voit le journalisme comme un outil collectif pour aider à construire la société de demain et à trouver des solutions durables.

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