vélo reportage à Saint-André Myris Voula

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À vélo dans Saint-André, le chemin Fourchon mène au bureau de Joé Bédier

La première étape du vélo-reportage de Saint-André découvre un projet d’éco-village à Champ Borne, le « Fourchon des possibles », et va à la rencontre du maire Joé Bédier après une traversée épique de la ville.

Deuxième vélo-reportage de l’histoire de Parallèle Sud. Destination Saint-André, loin de nos bases sudistes. Il nous faut donc expliquer à Joé Bédier, quand nous le rencontrons dans son bureau de la mairie, que notre média s’intéresse à toute l’île et au-delà. « Le Sud de notre Parallèle fait davantage allusion à l’hémisphère sud et marque notre volonté de porter un regard sudiste qui ne se veut pas européano-centré », lui dit-on. Il acquiesce. 

Admettons que le concept est un peu abstrait… or le cyclo-journalisme c’est d’abord du journalisme concret près du bitume, près de la terre, près des gens. Le retour aux sources, quoi. Ça plaît, et c’est sans doute ce qui a poussé Dominique et Jean-Marc, habitants des hauts de Saint-André à nous inviter à passer la nuit chez eux. Ils avaient vu que, le mois dernier, lors de notre premier vélo-reportage à Saint-Joseph, nous avions dormi dans des hamacs bercés par l’alizé de la marine de Vincendo.

Nos hôtes nous ont ainsi offert un confort bienvenu en ce début d’hiver. Sans eux, où aurions-nous dormi à Saint-André ? Dans la forêt de Dioré ?

Autre signe de l’intérêt que suscite cette drôle d’approche du métier de journaliste : Myris, notre jeune stagiaire de juillet, qui n’avait pas fait de vélo depuis bien longtemps, a sorti son VTT du garage pour nous rejoindre. Nous voilà donc de bon matin à fendre la bise, Myris, Sarah et moi en direction de Champ Borne.

L’écolieu qui défriche, chemin Fourchon

Ça guidonne un peu au milieu d’un trafic automobile pas naturellement bienveillant. L’Est n’est pas une terre favorable aux cyclistes, dit-on. Le vélo prend moins qu’ailleurs, peut-être à cause de la réputation, pas forcément usurpée, d’une météo pluvieuse. Ce mardi 7 juillet, ce n’est pas justifié. Pas une goutte de pluie ne vient perturber notre progression au milieu des rafales.

Tourne à droite, chemin Fourchon. Quand le goudron laisse place aux gravillons, Yannick Aquiliméba nous fait signe au milieu des champs en friche. Avec Jérémy Lavieille et Jean-François Maillot, il est en train de faire naître un « écolieu ». Les trois hommes se sont bien trouvés à force d’oeuvrer dans le social, l’écologie et les jardins partagés.

vélo reportage à Saint-André le Fourchon des possibles Jean-François Maillot, Yannick Aquiliméba, Jérémy Lavieille
L’équipe du « Fourchon des possibles » : Jean-François Maillot, Yannick Aquiliméba et Jérémy Lavieille.
vélo reportage à Saint-André le Fourchon des possibles Jean-François Maillot
Les 3 000 mètres carrés défrichés accueilleront un écolieu.

L’un se passionne pour les bambous, l’autre pour le partage avec l’association Partaz Lokal et le troisième pour la valorisation des déchets bio via l’Association culturelle d’éducation populaire et d’insertion Acepi. Ils ont décidé de mettre en valeur 3 000 mètres carrés du terrain d’un agriculteur lui-même impliqué dans l’agriculture alternative avec sa Société Pouss la mèm.

« C’était une déchetterie à ciel ouvert », lance Jérémy occupé à extraire les ferrailles d’un ancien parc-poule. « Il a fallu y aller au sabre pour y voir plus clair », renchérit Jean-François. « Vous verrez en janvier il y aura un bâtiment en bambous et des parcelles cultivées », assure Yannick. Il va falloir consacrer tout un article à leur ambitieux projet. C’est promis.

Yannick a fait dessiner le futur écolieu par l’intelligence artificielle.

Le présentiel plutôt que le distanciel

Pour l’heure, leur énergie et leur enthousiasme nous permettent d’imaginer avec eux des puits de carbone avec les capteurs de la start-up pays Rekarbon parce que la loi obligera bientôt les bétonneurs à payer des « taxes carbone » dont le produit participera au financement d’écolieux comme celui-ci : ça s’appellera « Le Fourchon des possibles ». On y cultivera les légumes et les esprits. On y boira des tisanes. On y refera le monde.

Hop, en selle, il est temps de remonter sur Saint-André en passant par Rivière-du-Mât les Bas. Myris roule piano piano en passant devant les entreprises de dépollution, les petites chapelles catholiques ou malbars, le rond coq… C’est dur. Il y a du vent et des faux-plats. Mais elle ne se décourage pas.

Sur une quinzaine de kilomètres seules quelques centaines de mètres sont marquées d’une voie réservée aux vélos. Les ronds-points, encombrés de voitures, perturbent la cycliste occasionnelle. Elle préfère poser le pied à terre quand voitures et bicyclettes doivent se frôler. Non, ces infrastructures n’ont rien de rassurant. La voilà obligée de marcher à côté de son vélo sur le trottoir.

Tout au long de ce périple, il nous faut téléphoner plusieurs fois à la mairie pour confirmer notre rendez-vous de l’après-midi avec Joé Bédier. Et nous entendons indéfiniment la musique d’attente du standard. Si bien que la seule solution est de nous présenter physiquement à l’accueil. Et là, ça marche. Nouvelle preuve que le journalisme c’est plus efficace en présentiel qu’en distanciel.

Des « extraterrestres d’un kilomètre »

Rendez-vous fixé à 14h30. Nous posons nos trois vélos devant le fameux snack Le Républicain. Ce qui attire les commentaires et lie les conversations. Un monsieur un peu fantasque de 77 ans nous aborde, vêtu comme un pénitent, il semble un peu perdu dans cette île, dans les dates et dans le monde. Il nous parle « d’extra-terrestres d’un kilomètre » et d’Amma l’embrasseuse…

vélo reportage à Saint-André Myris Voula Sarah Cortier et le peintre
Myris et Sarah à la rencontre d’un peintre étonnant.

Il est peintre et cherche une galerie, ou en tout cas des yeux à poser sur ses œuvres qu’il fait défiler sur son smartphone. Des tableaux naïfs ou abstraits. Il s’appelle Jean-Louis Lamotte. Très aimable, il aimerait appeler Radio Freedom… puis s’éclipse. Salut Jean-Louis.

Le patron du snack, lui, s’inquiète face à l’urbanisation du centre-ville : « Si vous voyez le maire, demandez-lui comment on va faire pour trouver des places de parking »… Il faudrait que les gens retrouvent l’habitude de marcher… ou de faire du vélo. Mais les mentalités n’évoluent pas vite.

vélo reportage à Saint-André Joé Bédier
Joé Bédier nous reçoit dans son bureau.

Stigmatisation

Oh, il est l’heure. Ouvre les yeux Sarah, toi qui t’es assoupie sur un banc ! 5 minutes après, la voilà, avec Myris, qui interviewe Joé Bédier. Le maire saisit le moment pour faire passer des messages qui lui tiennent à coeur. Il déplore le traitement médiatique stigmatisant qui est trop souvent réservé à Saint-André, en particulier à Fayard. 

Lui qui n’a gagné la dernière élection qu’avec 34 voix d’avance, nous dit qu’il préfère perdre plutôt que de verser dans les discours populistes. Mais il a bien l’intention de gagner encore si jamais le tribunal annule le scrutin dans quelques mois. « Regardez-moi comme un citoyen, pas comme un maire tout-puissant », confie-t-il.

vélo reportage à Saint-André Joé Bédier
Joé Bédier dit qu’il préfère perdre plutôt que de verser dans les discours populistes.

Et nous comme de simples cyclo-journalistes plutôt que comme des médias tout-puissants… Le vent est frais, le soleil descend. Nous montons la côte vers Bras-de-Chevrette. L’effort nous réchauffe, la tisane de Dominique fume dans la tasse. Il ne reste plus qu’à écrire la journée. Voilà, c’est fait. Bise à Yaelle.

Franck Cellier

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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