Manifestation contre l'instauration du pass vaccinal devant la préfecture de saint-denis de la Réunion le samedi 8 janvier 2022.

Elisabeth Louis, mère au foyer : « Je réfléchis à un endroit où je pourrais cacher mes enfants »

[LA PAROLE DES RÉSISTANTS PACIFIQUES : 3]

Elisabeth Louis se charge d’animer la récente page facebook Je Résiste 974, un mouvement qui apparaît à l’annonce de l’instauration du pass sanitaire. Le collectif est organisé de façon informelle, autour de bénévoles. La jeune mère au foyer nous livre un témoignage poignant sur ses craintes les plus profondes et la difficulté d’avancer dans ce quotidien devenu anxiogène.

Elisabeth Louis raconte les conséquences psychologiques de la pression qu’elle subit depuis le début de la crise covid.

Elisabeth exprime sa souffrance quotidienne : « On nous enferme dans la case du « méchant », voilà à quoi on est réduit aujourd’hui. Mais je ne suis pas méchante, je ressens des choses, j’ai un cœur. » Aujourd’hui, la jeune femme se sent totalement déshumanisée par l’opinion transmise par les institutions dominantes, traitée comme agressive par les partisans du pass vaccinal. « J’ai plein de défauts mais j’ai aussi plein de qualités. Je suis pleine de talents à offrir » poursuit-elle.

« Je ne suis pas méchante, j’ai un cœur »

Dernièrement, les paroles fortes du président de la République, qui disait vouloir « emmerder » les non-vaccinés, n’ont fait qu’accentuer son harassement. Préoccupée, elle remarque que de multiples mesures liberticides ont été prises durant le quinquennat d’Emmanuel Macron. « Ça a commencé par les onze vaccins obligatoires pour les bébés. Ensuite, il y a eu l’annonce de l’interdiction de l’école à la maison. Pour ma part, j’éduque mes enfants à la maison depuis toujours, cela fait donc cinq années. Je constate que tout est venu petit à petit. On nous enlève nos libertés comme si on était dans une dictature » souffle-t-elle, soucieuse.

Elle nous partage aussi le fait d’avoir été traitée de « complotiste » au début. Lorsqu’elle annonçait que le pass sanitaire allait durer au-delà du 15 novembre, que le masque serait généralisé pour devenir une pratique commune dans les populations : « Je leur faisais part de mes craintes, sans aucune animosité. Ils me répondaient sans méchanceté non plus : « Ah ! Ça c’est un truc de complotiste ! ». Je pouvais dire ce que je voulais de toute manière, ça n’allait jamais dans leur droite ligne, c’est-à-dire dans le sens de la parole gouvernementale. »

Elle se sent jugée par le message des médias de masse rabâché en permanence, qu’elle a du mal à ignorer malgré sa volonté. A cause d’une « emprise médiatique oppressante », elle regrette que ce message soit consommé, assimilé et forge le comportement de certains en société, confirmant ainsi la stigmatisation de la part des médias.

Humiliation et douleur morale

Même si la jeune maman ne perçoit rien de tel venant de son entourage, ses proches et les personnes en général, elle admet avoir vécu une expérience où elle a dû faire face à ce genre de comportement. « Il est vrai qu’un jour, j’ai été attaquée car je ne portais pas mon masque ». Un autre épisode, en novembre dernier, lui a valu des conséquences sur son moral. « On voulait un retour à l’essentiel durant ces vacances, on s’est dit qu’on allait manger sur les plages. On recherchait au moins un restaurant qui ne demanderait pas ce fameux pass ou qui accepterait du moins qu’on mange en extérieur sans le pass sanitaire. On a essuyé des refus à chacun d’entre eux, devant des terrasses remplies. J’étais accompagnée de mes enfants, je peux vous dire que c’est humiliant. A cet instant là, j’ai ressenti énormément de douleur. » Au cours de l’entretien, elle fait preuve d’un ardent désir de retrouver la part d’humanité chez les autres : « On reste des humains, malgré nos choix différents. On a besoin de cette dignité. »

« 1 personne sur 5 a des pensées suicidaires, j’en fais partie »

Son nourrisson à ses côtés, elle exprime son inquiétude : « Je suis tellement effrayée que j’en suis venue à réfléchir à un endroit où je pourrais cacher mes enfants. En tant qu’adultes non-vaccinés, j’ai peur qu’on vienne nous chercher, mon mari et moi, qu’on nous considère comme inaptes et qu’on nous enlève la garde de nos enfants. » Au fil de la conversation, ses motivations sont de plus en plus difficiles à énoncer sans que les larmes ne montent.

Considérablement émue, elle nous confie l’impact de ces mesures sur son état psychologique : « La psychologue Marie-Estelle Dupont lors d’une intervention disait qu’une personne sur cinq a des pensées suicidaires durant l’année… » C’est alors que très affectée mais courageuse, elle nous révèle : « Moi, je me suis sentie faire partie de ces chiffres. » La boule au ventre lorsqu’elle parle, épuisée de cette situation traumatisante, la mère de famille avoue vivre dans l’angoisse de devoir faire l’injection et a donc du mal à dormir. Elle nous fait part de ce sentiment : « Cela a de lourdes répercussions sur mon état psychologique, je suis hyper stressée. Certains trouvent des filons, je le sais mais je sens que l’étau se resserre. C’est très dur. »

Comment résiste-t-elle ?

Pour elle, résister passe par le débat, la discussion ouverte a contrario de l’exigence du gouvernement qui pour le moment n’est qu’unilatérale. L’ambiance nationale oppose deux pôles, ceux qui sont pour le vaccin et ceux qui sont contre : « C’est d’un extrême à un autre. Il n’y a rien qui permet de tempérer ce sujet hyper polarisé. » Elle qualifie la situation d’aberrante avant d’attester que plus on l’obligera, moins elle aura envie de le faire. Elisabeth fait donc le choix de ne pas se faire vacciner, par principe. Mais pour résister, elle s’est aussi promis de ne jamais utiliser de « faux-pass », le principe allant encore une fois à l’encontre de ses convictions. Une autre manière de résister s’accomplit dans sa participation aux manifestations. A ce jour, elle a fait jouer ce droit sur près de 80% d’entre elles.

Hawa Locate

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