Les « femmes abusées sous la bulle » créent un collectif

[APRÈS LA CONDAMNATION DU PSY VIOLEUR]

La révélation de l’ampleur des méfaits du « psy » violeur de Saint-Paul — 210 femmes abusées — a eu l’effet d’un électrochoc parmi les victimes qui se terrent dans le silence depuis un quart de siècle. Trois d’entre elles ont créé un collectif pour aider à leur « reconstruction ».

Jean Francis Blondel pseudo psychothérapeute a abusé de 210 patientes sous sa bulle à Saint-Paul. © Philippe Nanpon

La honte change de camp. Il était temps. Une, puis deux, puis trois… Les femmes abusées sous la bulle ont créé un collectif après la condamnation pour viol du pseudo-psychologue de Saint-Paul. Jean-Francis Blondel a été lourdement condamné le 11 mars dernier à 13 ans de prison ferme. Les juges de la cour criminelle (équivalent d’une cour d’assises) étaient allés au-delà des réquisitions de l’avocate générale qui réclamait 8 ans de prison. L’accusé, qui n’avait jusqu’alors jamais été privé de liberté, a été immédiatement conduit en prison. Il a fait appel.

Personne ne s’attendait à un réquisitoire puis à des peines aussi sévères à l’ouverture des deux jours de procès. Il n’y avait qu’une seule plaignante sur le banc des parties civiles, les faits remontaient à plus de dix ans, le débat sur la notion de consentement s’annonçait complexe et l’accusé âgé de 77 ans s’est présenté dans un état de sénilité avance. La victime devait quant à elle apporter la preuve qu’elle se trouvait sous l’emprise de son bourreau alors qu’elle s’était rendue chez celui-ci tous les mercredis pendant un an entre février 2011 et février 2012…

« Nous sommes des femmes victimes de Blondel. Nous recherchons d’autres victimes pour les aider à se reconstruire »

Le collectif des femmes abusées sous la bulle

Son témoignage poignant et les éléments du dossier (présence de Rohypnol, la « drogue du violeur », et dépositions d’une cinquantaine de patientes) ont permis aux juges de reconnaître clairement la « contrainte morale » exercée par le « psy » violeur. Mais c’est surtout ce dernier qui a avoué la dimension « industrielle » de son entreprise perverse. Jean-Francis Blondel, entre cynisme et manipulation, a annoncé avoir eu des relations sexuelles avec « 210 patientes » venues le consulter pour se soigner de différents traumas.

Il apparaît, pour la dizaine de femmes citées dans le dossier, qu’elles présentaient comme point commun, d’avoir été victimes d’abus sexuels durant leur enfance. Le pervers s’est servi de ses connaissances en psychologie pour les replonger dans leurs traumas, les mettre en état de sidération et leur faire un chantage odieux : recommandé par des professionnels de santé et des universitaires, il prétendait les soigner et elles devaient se laisser faire…

« Blondel a évoqué le nombre de 210 femmes ! Une seule d’entre elle a porté plainte. Nous avons créé un collectif, nous sommes des femmes victimes de Blondel. Nous recherchons d’autres victimes pour les aider à se reconstruire, à témoigner de leur vécu, pour se joindre à nous si elles le souhaitent au sein de notre collectif », déclare une victime qui n’était pas présente au procès mais a subi les méfaits du psy en 1998.

Illustration de la page Facebook du collectif des femmes abusées sous la bulle.

Elles sont trois à avoir ouvert une page Facebook. On peut y trouver un numéro de téléphone : 0692273460 ainsi qu’une adresse e-mail : femmesabuseesouslabulle@gmail.com. « Cette affaire est hors norme. Blondel a pratiqué des thérapies pendant plus de 25 ans à saint Paul et a abusé ou violé des femmes vulnérables qui pour la plupart, entamaient une démarche de soins pour se reconstruire après des violences subies dans l’enfance ou l’adolescence », concluent-elles.

F.C.

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A propos de l'auteur

Franck Cellier

Journaliste d’investigation, Franck Cellier a passé trente ans de sa carrière au Quotidien de la Réunion après un court passage au journal Témoignages à ses débuts. Ses reportages l’ont amené dans l’ensemble des îles de l’océan Indien ainsi que dans tous les recoins de La Réunion. Il porte un regard critique et pointu sur la politique et la société réunionnaise. Très attaché à la liberté d’expression et à l’indépendance, il entend défendre avec force ces valeurs au sein d’un média engagé et solidaire, Parallèle Sud.

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