N°291 – LUNDI 20 JUILLET 2026
Il y a les sachants, les intellectuels, les leaders, les chefs, les égos. Il y a tant de monde pour montrer la voie, que la société est éparpillée, ne sait plus où donner de la tête, où aller : ousa nousava ? Chacun sauve sa peau, mais le plus grand nombre s’égare et ne sait pas que faire. Il y a le monde dans lequel on peut sauver sa peau ; il y a le monde dans lequel cela n’est pas possible. Les uns se trouvent dans le premier monde parce qu’ils ont fait le bon choix ; les autres, dans le deuxième, parce qu’ils n’ont pas payé le prix de l’effort du bon choix. Il y a ceux qui ne peuvent pas choisir. ll y a deux mondes : le monde de ceux qui s’en sortent, riches parfois ; le monde de ceux qui ne s’en sortent pas, sans abri souvent. C’est cela qu’il faut changer, qu’il faut changer dans le monde, qu’il faut changer en France, qu’il faut changer ici.
Changer dans le monde, changer en France, nous y participerons. Changer ici, nous en sommes les responsables. Construire notre avenir, c’est notre affaire. Il s’agit de nous donner les forces de le construire nous-mêmes, ensemble.
Ces forces, nous les avons. Mais on nous a tellement dit et convaincu que notre bonheur nous serait donné, octroyé, que nous avons fini par le croire, par croire que « la Métropole » s’en chargerait. Faute de ne plus compter sur nous, nous avons fini par avoir peur de notre avenir non pas par la peur injustifiée du séparatisme, mais par la peur de perdre la Métropole providence.
Ces forces, nous les avons. Mais nous n’en avons plus conscience. Nous devons les rechercher, les retrouver. Elles ne nous seront pas données seulement par le savoir des intellectuels acquis par les études ou seulement par le savoir des acteurs de terrains acquis par l’expérience. Nous les retrouverons par le dialogue entre nos intellectuels et nos acteurs, par le dialogue des savoirs. Intellectuels et acteurs du pays forment, les uns et les autres, notre terre Réunion : notre vérité germera de notre terre.
L’uniformité jacobine (je ne dirais pas l’uniformité française) nous a enfermés dans le déni et l’irresponsabilité à un tel point, que d’en sortir peut nous exposer non seulement à changer de
situation, mais à tomber dans une autre semblable. Pour nous prémunir contre ce danger, il est fondamental que le dialogue soit populaire, que nous ayons la certitude qu’il sera le dialogue du pays sur l’ensemble du territoire et dans l’ensemble de nos institutions publiques et privées.
La recherche de nos forces pour construire notre avenir doit être collective, au-delà de nos différences, de nos divergences, de nos oppositions, autour de notre identité réunionnaise et de nos responsabilités. L’unité à ce niveau est la colonne vertébrale de nos forces. Cela suppose un temps pour réunir nos intellectuels et nos acteurs dispersés, un temps pour travailler ensemble à retrouver les Fondamentaux de notre peuple et un temps pour le dire : dire ce que nous sommes, dire nos responsabilités et le dire sous une forme institutionnelle.
Lorsque, tous ensemble, nous aurons retrouvé l’unité (qui est tout autre chose que la majorité, encore moins l’uniformité), retrouvé l’unité qui fera notre force, nous pourrons être partenaire d’un pouvoir central. C’est alors que nous pourrons définir un projet qui ne nous sera pas, éventuellement, rendu à la sauce parisienne (c’est-à-dire qui ne sera plus le nôtre). C’est alors
que nous aurons la pleine maîtrise des paramètres locaux de notre développement. Pour conclure, Bernadette Ardon voudra bien me permettre de la citer : « La question principale est de convaincre une population vulnérable, que son avenir ne se construira pas ailleurs, mais ici et ensemble. Nous n’avons pas à chercher des modèles venus d’ailleurs, notamment à partir de Paris, pour exister. A La Réunion nous portons déjà en nous des richesses immenses…
Alors oui, il faut défendre une forme de conservation, non pas pour figer notre territoire ou le mettre sous cloche, mais pour protéger ce qui fait notre identité, pour préserver nos ressources, pour garantir un avenir digne aux générations futures. »
Paul Hoarau
Chaque contribution publiée sur le média nous semble répondre aux critères élémentaires de respect des personnes et des communautés. Elle reflète l’opinion de son ou ses signataires, pas forcément celle du comité de lecture de Parallèle Sud.


