Karine Lebon députée 2e circonscription permanence PLR après l'élection

[Politique] Député, un mandat local ?

L’ACTION D’UN DÉPUTÉ, À LA FOIS LOCALE ET NATIONALE.  

Un député, c’est là pour voter les lois, parfois les proposer. Des lois qui s’imposent à toute la nation. Pourquoi alors l’élu est-il considéré comme local ? La fonction est-elle un mandat de proximité ? Karine Lebon, réélue députée de la 2e circonscription, a répondu à nos questions.

Karine Lebon députée 2e circonscription permanence PLR après l'élection
Karine Lebon réélue députée de la 2e circonscription.

Plusieurs candidats, à La Réunion, ont fait campagne en prônant la constitution d’un groupe d’outre-mer. Cette idée est-elle une chimère, ou est-ce constructif ?

Un groupe d’outre-mer, pourquoi pas mais encore faut-il en voir les composantes. Pourquoi pas mais ce serait difficile d’y parler d’une même voix. Pour les sujets de fond, comme la retraite à 65 ans, ça n’a pas de sens, sauf à ce que tous les membres du groupe soient dans la même ligne politique. On peut craindre aussi que l’outre-mer soit toujours à part. Pour ma part, je travaille à ce que l’outre-mer soit partout tout le temps. Je fais très attention au sein de mon groupe à apporter un éclairage réunionnais, c’est important que les élus qui ne sont pas issus des outre-mers entendent ce que sont nos problèmes particuliers. C’est important de se faire entendre de tout le monde, sinon on n’a qu’à faire des groupes par région.

Est-ce qu’un groupe d’élus d’outre-mer ne ferait pas double emploi avec la délégation outre-mer ?

Cette délégation existe en effet, elle regroupe les élus des outre-mers et les élus hexagonaux qui veulent y participer. On y laisse de côté les sujets généraux pour se concentrer sur les difficultés particulières. J’y ai par exemple rédigé un rapport sur l’habitat en outre-mer avec deux autres députés qui ne sont pas de ma sensibilité. C’est important aussi d’avoir des avis divers sur ce genre de sujets. 

Plus de temps de parole

A propos de groupes, dans lequel allez-vous siéger finalement ?

Je me reconnais dans les valeurs de la Nupes et nous sommes en train de composer un intergroupe d’union de la gauche. J’étais pour la constitution d’un groupe unique Nupes, à défaut je siégerai dans le groupe GDR (Gauche démocrate et républicaine). D’avoir plusieurs groupes permet aussi plus de temps de parole, et nous travaillons à la possibilité de proposer des lois communes. Chaque groupe, qu’on y soit quinze ou quatre-vingts, dispose de deux créneaux de temps de parole par semaine. Chaque groupe dispose également de cinq minutes de temps de parole par texte. La multiplication des groupes permettra aussi une meilleure expression de toutes les sensibilités.

On entend souvent parler d’ « écrire à son député » ; plus souvent à La Réunion, on va s’adresser à lui directement. De quelles marges de manoeuvres locales disposent ceux qui ont un mandat national ?

Je reçois tous les jours quand je suis dans l’île. En général, les demandes ne sont pas du ressort d’un député. Il s’agit de demandes de mutations,  d’accompagnement social, de demandes d’emplois… c’est très varié et je précise toujours que je ne fais pas de clientélisme, que je suis une élue de la République, pas une élue de mes électeurs. Pour autant, je ne laisse personne repartir sans solution. J’oriente ou j’interviens directement devant mon interlocuteur. Par exemple, récemment, j’ai aidé une étudiante à Montpellier qui allait perdre sa place en logement universitaire pour un problème administratif. La famille avait déjà fait toutes les démarches, sans succès.  Malheureusement, quand c’est le député qui appelle, l’écoute est meilleure. On peut dire aussi que, quand on n’est pas directement concerné, c’est plus facile d’exposer le problème : en expliquant au Crous de Montpellier que cette jeune fille n’avait d’autre solution que de coucher à la rue ou d’arrêter ses études, nous avons obtenu gain de cause. Mon action est très large, si on me demande un passage piéton par exemple, je fais appel à la commune ou au Département.

Déconjugaliser l’AAH

Les demandes sont-elles parfois d’ordre plus général, de compétences nationales ?

Parfois, les demandes particulières amènent à des prises de conscience. Comme cette personne à l’AAH (allocation adulte handicapé), qui craignait en se mariant de perdre son allocation. A la suite de quoi nous avons milité et présenté une proposition de loi pour déconjugaliser l’AAH.  Ou, quand on s’est rendu compte que la loi Elan, en vigueur depuis le 1er janvier, interdisait toute construction à Mafate. Il n’y a qu’une circonstance où je me refuse à intervenir, au nom de la séparation des pouvoirs, c’est dans le cadre d’affaires judiciaires.

Un député peut-il également se saisir de problèmes locaux ?

Oui, par exemple le coefficient géographique, pour l’hôpital, est l’un de nos chevaux de bataille. Ce coefficient est évalué à plus 31 % par le gouvernement. Il faudrait le relever à 35% pour compenser les surcoûts réels, sinon c’est le nombre de lits qui diminue, la qualité des soins qui en pâti.  

On parle de transformer ce scrutin uninominal à deux tours en proportionnelle. N’est-il pas à craindre que les députés ne soient alors plus issus des circonscriptions, n’aient plus cet ancrage local ?

Nous sommes pour la proportionnelle et, en effet, cette réflexion mériterait d’être menée.

Propos recueillis par Philippe Nanpon

A propos de l'auteur

Philippe Nanpon

Déménageur, béqueur d'clé dans le bâtiment, chauffeur de presse, pompiste, clown publicitaire à roller, après avoir suivi des études d’agriculture, puis journaliste depuis un tiers de siècle, Philippe Nanpon est également épris de culture, d’écologie et de bonne humeur. Il a rejoint l’équipe de Parallèle Sud pour partager à la fois son regard sur La Réunion et son engagement pour une société plus juste et équitable.

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