KOZÉ LIBRE
Mesdames et Messieurs les élus,
Nous vous avions prévenus.
Nous vous avions prévenus lorsque les premiers récifs coralliens mourraient sous l’effet des coulées de boue et de la hausse de la température des océans.
Nous vous avions prévenus lorsque les plages commençaient à reculer en raison des constructions situées en haut de plage et de la montée des eaux.
Nous vous avions prévenus lorsque les ravines charriaient toujours plus de déchets vers le lagon, lorsque les espèces invasives progressaient, lorsque les sols s’appauvrissaient sous l’effet de pratiques non durables.
Nous vous avions prévenus lorsque les records de chaleur se succédaient année après année.
Nous vous avions prévenus que le changement climatique n’était pas une menace lointaine. Qu’il ne concernait pas seulement les générations futures. Qu’il toucherait directement notre île, notre économie, notre santé, notre alimentation et notre sécurité.
Aujourd’hui, ce que nous annoncions est devenu visible.
Les récifs coralliens meurent.
Les épisodes de sécheresse alternent avec des pluies toujours plus extrêmes.
Les coulées de boue se multiplient.
Les ressources en eau deviennent plus vulnérables.
La biodiversité exceptionnelle de La Réunion recule sous nos yeux.
Et pourtant, nous continuons à agir comme si nous avions encore des décennies devant nous.
Nous continuons à artificialiser des espaces naturels.
Nous continuons à produire et à abandonner des quantités considérables de déchets.
Nous continuons à considérer la protection de l’environnement comme une contrainte alors qu’elle est la condition même de notre avenir.
Ce qui est en train de disparaître, ce n’est pas seulement un paysage.
C’est un patrimoine vivant unique au monde.
Ce sont des espèces que l’on ne retrouvera nulle part ailleurs.
Ce sont des protections naturelles contre les houles cycloniques.
Ce sont des ressources alimentaires.
C’est une part de notre identité.
Ne dites plus que vous ne saviez pas.
Les données existent.
Les rapports existent.
Les observations de terrain existent.
Les alertes existent.
Le diagnostic est posé depuis longtemps.
Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas la connaissance.
Ce qui manque, c’est le courage politique.
Le courage de prendre des décisions parfois difficiles.
Le courage de regarder au-delà du prochain mandat.
Le courage de défendre l’intérêt général face aux intérêts particuliers.
Le courage d’investir massivement dans la protection des récifs, la réduction des déchets, la restauration des sols, la préservation de l’eau, l’adaptation au changement climatique et la transition écologique.
Chaque année d’inaction aggrave la situation.
Chaque retard augmente la facture.
Chaque renoncement hypothèque davantage l’avenir de nos enfants.
Nous ne vous demandons pas des promesses.
Nous vous demandons des actes.
L’histoire de La Réunion s’écrit maintenant.
Dans quelques décennies, nos enfants et petits-enfants ne nous demanderont pas quels étaient les rapports scientifiques disponibles.
Ils nous demanderont pourquoi nous avons attendu alors que nous savions.
Et nous ne pourrons pas répondre que nous n’étions pas prévenus.
Les scientifiques de La Réunion vous le répètent aujourd’hui avec gravité :
- la nature ne négocie pas.
- Les lois de la physique ne votent pas.
- Les écosystèmes ne font pas campagne.
- Mais ils s’effondrent lorsque leurs limites sont dépassées
- Et ces limites sont déjà franchies.
Agissez. Maintenant.
Pour Vie Océane, le Président, Thierry Mulochau
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